mercredi 24 octobre 2007

Réapparition - on a retrouvé Simone Veil !!


Je l'avais perdu un jour de mars 2007, jour de la femme, jour où elle annonça son soutien à Nicolas Sarkozy. Dans un contexte électoral besogneux où de faméliques candidats s'évertuaient à vouloir faire rêver, son ralliement surprit.

Pour cette ancienne Ministre de la Santé, voilà qui laissait craindre pour sa santé politique, ça sentait le combat de trop pour cette habituée des joutes parlementaires dont on se souvient du lynchage qui fut le sien à l'Assemblée Nationale. Jeune députée, elle présentait un projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse dans une chambre masculine, vieille France et catholique. On se disait qu'en 2007 cela sentait le ralliement tardif, irréfléchi, le lobbying jusqu'au boutiste.
Les premiers temps semblaient nous donner raison quand on l'a vit bien mal en point lorque son ami Nicolas évoqua son futur Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.
Rescapée d'Auschwitz, elle avait semblé construire son parcours politique sur la réconciliation et la tolérance tandis que, première femme Présidente du Parlement Européen, elle s'attacha à construire et grandir. Magistrate elle combattit les injustices. Bonjour l'erreur d'aiguillage !
Discrète depuis l'élection, peut être était elle arrivée au bout de sa route, une route souvent courageuse et indépendante.
Heureusement, celle qui fut longtemps une des personnalités préférées des français n'a pas perdu son franc parlé.
En visite en Lorraine à l'invitation d'un collège qui lui dédie sa salle de conférence, elle a affirmé son opposition à l'amendement Mariani sur les tests ADN. Ancienne membre du Haut Comité à l'Intégration, son jugement n'est pas anodin et rappelle que le dispositif semble bien lourd pour un unique usage.
Car si nous voulons d'une société pure et parfaite pourquoi ne pas généraliser le test ADN à tous les citoyens français ? pourquoi ne pas enregistrer les bébés dés leur naissance ?
Parallèlement, elle a contesté l'obligation faite aux professeurs de lire la lettre de Guy Môcquet jugeant qu'ils étaient en mesure de déterminer seuls les textes appropriés. C'est tout de même la présidente d'Honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah qui le dit...
C'est vrai qu'autant je comprendrais une journée de la résistance qui rendrait hommage partout en France aux actes héroiques de ces francs-tireurs souvent esseulés, autant j'ai du mal avec cette politisation d'un courageux militant communiste sacrifié, exécuté comme otage des nazis.
La résistance française et son corollaire, la non-résistance française, méritent une autre réflexion, un autre engagement que ce symbôle construit à la va-vite. Pourquoi si peu de Français résistèrent ? pourquoi le Maréchal Pétain resta t'il si longtemps populaire ? Pourquoi n'avons nous pas été capables de défendre notre pays puis de le reconquérir ?
voilà des enjeux majeurs à discuter avec tous, les jeunes bien sûr mais les vieux aussi, ainsi que ceux qui furent de la génération de la guerre d'Indochine ou d'Algérie...d'autres défaites...
un vrai débat national que notre zébulon président ne veut pas lui qui exècre la repentance.
Pourtant la résistance est trop complexe pour être ainsi raccourcie : la résistance de la première heure, celle de la dernière heure, la résistance en réseau, celle individuelle, la résistance discrète, la résistance légendaire, ceux qui s'en sont sortis, ceux qui sont morts, au combat ou torturés, ceux qui furent trahis, ceux qui n'eurent pas de chance, ceux qui ne furent pas soutenus...
Fort heureusement et dans de nombreuses classes cette commémoration fut l'occasion d'élargir le débat à d'autres écrits, d'autres références. C'est déjà ça. Bravo à la bonne conscience populaire, au bon sens professionnel du corps professoral, à la curiosité de notre jeunesse face à la légèreté et à l'inconséquence de nos politiques.
Preuve qu'encore aujourd'hui les élus ne peuvent s'approprier la résistance, une résistance dont ils furent souvent à droite comme à gauche trés éloignés.
Pour apporter ma contribution à cette journée, voici un texte sur les Glières, le témoignage d'un... milicien français :

Extrait d'une lettre d'un milicien, interceptée par la Résistance, cité in Histoire de la Milice, p. 340 et in Glières, première bataille de la Résistance, p. 145.

"On tombe sur une patrouille allemande qui se met en batterie sur nous. Aussitôt, j'ai crié : "Französische Miliz !" Ils ont compris. Je me suis expliqué avec leur sous-officier qui s'est mis à ma disposition pour attaquer en ligne de bataille ; je l'ai guidé et, sur mes renseignements, nous avons fouillé la campagne. Après avoir patrouillé, je lui ai dit que le type était sans doute caché dans les bois ; il m'a remercié et nous sommes partis chacun de notre côté. On est très estimé des Allemands et, quand ils nous voient, ils viennent tous nous serrer la main.

Dans la nuit d'avant-hier, nous avons pris trois types. J'étais couché et on m'a fait lever à ce moment. On est parti à trois dans la nature et, à un croisement de chemins, on les a fait passer devant ; on a armé nos mitraillettes et, sans rien leur dire, on leur a lâché des rafales dans le dos. Ils sont tombés sans faire "ouf". Ensuite, j'ai pris mon parabellum et je leur ai tiré une balle à chacun dans la tempe. J'étais content comme tout et c'est une petite vengeance bien minime à côté de ce qu'on leur doit."

Passant, va dire à la France que ceux qui sont tombés ici sont morts selon son coeur.
André Malraux aux Glières.

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