mardi 16 décembre 2008

Affaire Madoff - Qui peut... perdre des millions ?

A ce jeu nouveau, ersatz d'une émission bien connue, la réponse est : pas tout le monde car tout de même pour pouvoir perdre des millions encore faut-il en posséder. De cette première règle du jeu, le sieur Madoff en a tiré un règlement d'une complexité confondante. Tout est permis dés lors que la confiance et l'appât du gain est instauré.

C'est l'option appel à un ami qui fonctionne à merveille : j'ai confiance en cet ancien patron du Nasdaq, courtier reconnu et réputé de Wall Street. Mais ce qui m'attire le plus chez lui, c'est les gains qu'il m'assure, les taux qu'il revendique sans équivalent sur le marché. Palm Beach crie aujourd'hui à la trahison de l'un des siens..
Pourtant, s'ils n'avaient pas d'équivalent ces taux, peut être était-ce tout simplement parce qu'ils n'étaient pas justes, pas possibles, pas réels.
Mais l'option Avis du public ne fonctionne pas car dans ce monde de la Bourse, on se refuse au rationalisme, on laisse planer une part de doute, une part de rêve, une part de chance comme au casino. De ce marché financier nait un fantasme, celui de l'argent facile, de l'argent possible, de l'argent roi. Si le grand public avait pu, il aurait aussi confié ses économies au représentant d'une american way of life version couleur de l'argent.
Reste l'option 50-50 que le bon Bernard ne connaissait guère. Lui les investissements, il les a engagé à 100% dans son arnaque pour autant de pertes sèches. Le trou de 50 milliards de dollars est un et indivisible.
Vous me direz dans ce jeu comme dans l'autre, normalement, pour gagner, mieux vaut répondre aux questions tout simplement. Et ne pas se laisser bercer d'illusions ou berner par de fausses émotions c'est selon.
J'ai beau réfléchir à cette affaire dans tous les sens j'arrive pas à trop lui en vouloir au Bernard. Lui a joué et longtemps gagné. Dans l'histoire, c'est bien le seul. Qu'à 70 ans tout s'arrête n'enlève rien à son palmarès. Il a parié sur la cupidité des uns, riches particuliers, fonds bien pensants ou banques en mal de discrets, juteux et rapides bénéfices. Il les a d'autant mieux trompé qu'il les connaissait parfaitement bien ses cibles privilégiées, il vivait comme eux, partageait les mêmes endroits, les mêmes loisirs, le même langage. Mieux, il disait ce qu'ils voulaient entendre, leur promettait ce qui les faisait saliver. De l'immersion absolue vint la confiance aveugle aujourd'hui désenchantée. Pauvres petits hommes riches "trahis" autant dans leurs investissements que dans leur conviction, leur mode de vie.
La chute de l'icône ébranle un système si sûr de sa force qu'il reste abasourdi devant la rapidité et la facilité de la débâcle. De la simplicité de l'astuce aussi, vieille comme le monde. Comme deux tours jumelles qui s'effondrent, Madoff a fait s'écrouler la certitude qu'il y a un marché financier privilégié, opaque et sécurisé. Loin des turpitudes de la vie quotidienne ou des bulles à risques. Il a également au passage montré que les instances de contrôle n'avaient surtout pas cherché à contrôler un montage qui interpellait pourtant depuis de nombreuses années. Ironie de l'escroc, outre les riches retraités, les grandes banques ou les vedettes de tous poils, son arrestation jette un froid glacial auprès de nombreuses fondations et associations caritatives qu'il abreuvait de ses largesses...
Cynisme malsain d'un capitalisme aux abois, l'homme à qui tout réussissait, de qui l'on s'arrachait les précieux conseils et l'aimable compagnie n'était qu'un escroc génial. A l'heure de louer un système américain capable de propulser au pouvoir un avocat métis, le contraste des deux trajectoires est saisissant et incite plutôt à l'humilité. Du reste Barack obama va sûrement changer plein de choses mais il commence surtout par s'entourer d'une équipe rompue à l'exercice du pouvoir...
50 milliards partis en fumée c'est bien plus que le plan de relance rassemblé par tout un pays, le nôtre, c'est bien plus qu'il n'en faudrait pour éviter éventuellement qu'en 2008 on meure encore de la malaria ou que l'on jette dans la précarité le particulier coupable d'un modeste découvert.
C'est beaucoup d'argent joué, manipulé, caché, finalement perdu. Mais le jeu continue, frénétiquement, ce n'était qu'une mise mal placée, où est la terre promise, la martingale ? car elle existe dans la tête de millions de joueurs, cette idée fixe que la vie peut changer grâce à l'argent, pas par son travail, sa créativité, son imagination, non juste par l'argent. Un argent touché par la grâce, multiplié miraculeusement pour mieux être dépensé et donc exister. Et tant que cette petite idée insidieuse perdurera, il y aura des Bernard Madoff pour l'animer, la flatter, la mener au néant.
Et il y aura des crises pour que le plus grand nombre éponge les errements de ces quelques-uns à entendre des petites voix.
André Malraux disait "L'humanisme, ce n'est pas dire : "Ce que j'ai fait, aucun animal ne l'aurait fait", c'est dire : "Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête ."
C'est mon dernier mot Jean-Pierre.

3 commentaires:

dramelay a dit…

en même temps, faire confiance à qq'un qui s'appelle "Madoff"....

dramelay a dit…

en même temps, faire confiance à qq'un qui s'appelle "Madoff"....

ytty54 a dit…

bah regarde, smirnoff elle est sympa !