jeudi 8 janvier 2009

Exposition médiatique - jeu d'ombre et de lumière

Peut être la suppression de la publicité des chaines publiques donne-t'elle comme un arrière goût d'ORTF, toujours est il que nos médias semblent en ce début d'année manquer singulièrement de saveur, de couleur, pour simplement orienter comme il se doit d'un éclairage complaisant leurs protégés.


On notera ainsi qu'un Michel Sardou, proche de, aura remplacé (!) la messe de minuit sur TF1 tandis que Bernard Tapie, un repenti, occupait la première partie de soirée de France 2. Pour autant Oscar fut, pour l'anecdote, même battu par Asterix et les vikings d'M6... comme quoi la télé d'Etat a encore des progrès à faire ce qu'elle semble d'ailleurs vouloir faire au plus vite ces derniers temps : utilisation d' images sanguinolentes de Gaza mais d'archives, de témoignages uniques bien orientés ou même de fautes d'orthographes bien senties ("Les hiverts les plus froids"). On l'aura compris, nous prenons plus sûrement le chemin de la Pravda que celui de la BBC...
L'ovniprésident est bien entendu tout aussi soigné pouvant éclabousser de sa présence médiatique des accords militaires pourtant obtenus de longue date avec le Brésil avant de disparaitre complètement du paysage le temps de vacances luxueuses à ne pas diffuser à une France en récession.
Il lui suffit donc de claquer des doigts pour allumer ou éteindre projecteurs et caméras, un numéro digne d'Oudini mais indigne d'une profession qui se targue d'indépendance.
A chaque jour suffit son sujet polémique venu de l'Elysée pour qu'aussitôt analyses, réflexions ou pire bilans soient jetées aux oubliettes du pouvoir. Le financement de la télé publique interpelle : sera-t-il atrophié progressivement pour relancer des chaînes privées en chute libre, la redevance va t'elle croître prochainement et/ou s'accompagner de taxes nouvelles sur les portables et ordinateurs, deux des compagnons les plus fidèles de nos concitoyens ? Quel sens pour le Sénat d'étudier un texte de loi déjà appliqué ? les questions ne manquent pourtant pas qui ne seront pas posées puisque voilà que l'on va travailler le dimanche, enfin pas trop mais il n'est déjà plus temps d'en parler puisqu'il faut relancer l'économie en faisant simplement ce qui était de toute façon prévu mais je vous coupe car en direct voilà que l'on évoque de supprimer le juge d'instruction... Au-delà du rythme, c'est le contenu qui est imposé aujourd'hui à des rédactions-chambre d'enregistrement comme jadis le Parlement. Des médias nouveau Parlement le comparatif est audacieux mais pas illogique lorsque la politique devient spectacle, n'est plus que spectacle. Rachida Dati en difficulté en sait quelque chose qui bénéficia bientôt d'un plan de communication imparable à une échelle nationale : récit de ses difficultés-interview de ses détracteurs-martèlement de doutes et évocation d'excés-démonstration du courage et de la détermination de la ministre super maman. Et au passage quelques couvertures glamour avec un silence poli sur l'identité du papa car voyez-vous ma bonne dame, les médias ont une conscience, pas d'éthique mais une conscience. C'est certainement cette conscience qui pousse tous ces grands reporters à superbement ignorer le procès de l'Angolagate au moment même où un homme du président doit y expliquer quelques transactions douteuses. Jacques Attali, analyste médiatique déjà auteur d'un essai sur la crise traverse cette épreuve en silence. Le voici dans l'ombre salutaire de la surinformation d'occasion que chaque jour génère. Le terrorisme d'ultra-gauche a redoré le blason du ministère de l'Intérieur et peut désormais croupir en prison sans autre forme d'explication, les fermetures d'usine en France, les suppressions d'emplois records aux Etats-Unis, les faillites de grands commerces anglais sont soigneusement évitées. Car il fait froid voyez-vous, en hiver la belle affaire. Et même il neige en janvier et cela glisse, voilà un vrai sujet. Enfin on ne va pas entrer dans les détails pour aller jusqu'à évoque les sdf morts, trop banal, répétitif coco, en plus il est tout de même acquis qu'ils le veulent bien de mourir de froid...
Reste à prendre l'air façon Albert Londres. Un type curieux qui disait des choses assez horribles comme "Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie."Enfin je vous rassure il disait ça au début du siècle dernier, c'est dire si cela date. Le métier a changé, le monde bouge enfin vous connaissez la rengaine. Oui enfin je parlais de l'air du large, de celui qui donne de la légitimité et des images chics pour le zapping. On a ainsi vu Laurence Ferrari en Afghanistan, limite elle chassait le taliban. Bon finalement elle est restée dans un camp mais tout bien habillée pour jouer à la gueguerre, de quoi lui attribuer tous les qualificatifs du grand reporter, l'honneur suprême. Et puis il faut avoir une pensée pour tous ces courageux partis couvrir l'invasion israélienne au péril de leur vie. Enfin au péril de leur vie de famille déjà parce qu'ils partent souvent seuls, les pauvres, de leur vie culturelle parisienne ensuite parce qu'il n'y a pas moyen de faire l'aller-retour Jerusalem-Paris dans la journée pour se faire un petit théâtre voyez-vous. Mais pas leur petit confort ni leur sécurité je vous rassure, à ce titre je vous invite à lire l'article de demain du monde sur la presse tenue à distance même si il n'est pas nécessaire de les tenir bien fort pour qu'ils évitent les zones de conflit...
Un peu plus d'ombre que de lumière sur ce coup-là, est-ce bien condamnable puisque demain est un autre jour et qu'il y aura bien l'occasion de détourner l'attention sur d'autres scoops ou d'autres buzz.
Alors que se clôturent les Etats Généraux de la presse, 90 recommandations sont ainsi posées. Il y est beaucoup question de gros sous et de préservation des grands groupes. Manque sûrement un chapitre qui s'appélerait "Crédibilité". Parce qu'à trop jouer les scénaristes, les journalistes se sont coupés du grand public pour ne plus toucher que leur public, souvent initié. De moins en moins nombreux face à la TNT et au web. Mais il paraît que le ciné-club va faire son retour sur France Télévision. Peut être une piste pour le devenir de l'information ?

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