mardi 25 août 2009

Politique - L'ouverture version low-cost

C'est peut être un effet indirect de la crise économique, ou un signe d'essoufflement façon malaise vagal, voire encore une provocation destinée à faire bouger le mammouth politique... toujours est-il que le remaniement ministériel amorcé cet été comme les tractations de partis qui s'en sont suivies ont débouché sur des ralliements plus discount que bling-bling.
Déjà, le prestigieux portefeuille du ministère de la Culture attribué à Frédéric Mitterrand n'avait finalement de valeur politique que pour le clin d'oeil patronymique.

Pour le reste, même les vieilles gloires de la Culture comme Jack Lang ou le député André Vallini n'ont pas donné suite aux appels du pied présidentiel. Généreusement présentée comme une volonté de rassembler mais régulièrement vendue comme une stratégie politique pour affaiblir l'adversaire, l'ouverture pâtit aujourd'hui de l'orgueil trop affirmé de son instigateur. Alors bien sûr il parait qu'un corse, le député radical de gauche Paul Giaccobi, va être de la partie, la belle affaire médiatique que voilà. Au-delà, tout prêt de l'au-delà même puisqu'il fut victime il n'y a pas si longtemps d'un grave souci de santé, Michel Rocard se retrouve à la tête d'une "commission de réflexion sur les priorités de l'emprunt national" en co-présidence avec Alain Juppé. En ces temps difficiles pour l'emploi des jeunes, il y a matière à ne pas s'inquiéter au moins pour l'emploi des vieux. Deux co-présidents pour une commission de réflexion sans s, cela fait cher le neurone certes mais en même temps l'objectif reste atteignable. Et comme il ne s'agit que de définir des priorités, nos deux ex premiers ministres respecteront à n'en pas douter leur écrasante feuille de route...
Et puis au coeur de l'été la mise en place d'un comité de liaison de l'UMP incluant Philippe de Villiers et l'inénarrable parti Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT) a joyeusement asticoté le landernau politique.
On notera que quelques semaines seulement après le scrutin des Européennes, rallier à la majorité présidentielle un anti-européen convaincu interpelle sur la sincérité des engagements pris lors de ce scrutin remporté, m'a t'on dit, haut la main par notre Président. On peut aussi en conclure, à la connaissance de cette tartufferie, que les abstentionnistes n'ont pas eu tort...
En même temps, le mouvement pour la France même enrichi du CPNT a récolté un bien médiocre 4.8% aux dernières européennes, pas de quoi booster véritablement la majorité si l'on tient compte des dommages collatéraux que peut engendrer ce rapprochement chez les souverainistes comme à l'UMP et au FN où l'on ne goûte guère ces acoquinements.
Si électoraliste soit-elle, cette main tendue provoque des remous et états d'âme. Mais devenue bien palichonne à gauche, l'ouverture se devait de trouver un nouveau terrain de jeu, ce fut la droite quitte à ce que cette ouverture à droite destabilise en premier lieu les acteurs de l'ouverture.... à gauche tout en relançant les extrêmes.
Quoiqu'il en soit le bilan est minime sur le plan politique et comptable mais il garantit une unité de façade redoutable en perspective des futurs échénaces présidentielles. Et c'est certainement le seul but de la manoeuvre, après avoir embourbé la gauche dans la tentation du pouvoir, la droite est élargie pour être sans doute mieux diluée et ne répondre, dans sa diversité, qu'à un seul chef, le Président.
Ce dernier possède en effet un atout redoutable dépassant de sa manche : la réforme des collectivités territoriales et sa menace à peine voilée : la diminution drastique du nombre d'élus. Alors même si l'on a des réticences idéologiques ou morales, ce n'est pas le moment de se faire mal voir quand on est élu territorial, mieux vaut filer droite, heu droit.

vendredi 21 août 2009

UMP- temps d'antennes en plus pour gagner plus

Dans son bilan annuel, ce qui est, il faut bien le dire une bonne chose, le CSA... oui c'est une bonne chose car tout de même on peut s'interroger longtemps sur l'utilité et l'activité du CSA et grâce au bilan annuel on a au moins une version officielle. Donc disais-je, le CSA a déposé son bilan, pas le financier, l'annuel, avec pour petite gourmandise cette observation délicieuse : France 2 sur-représente l'opposition au détriment de l'UMP. Une information largement relayée par de nombreux médias tout heureux de se redécouvrir une autonomie voire une autorité face au pouvoir en place.

Pensez-donc, si même la chaîne publique n'avantage pas l'UMP, nous autres médias sommes carrément entrés en résistance...
Le drame du parti dominant se situe après la virgule puisque PS-PC se voit affublé d'un glouton 33,5% de temps d'antenne alors qu'il devait bénéficier d'un tiers, soit 33, 33%.
Il est donc particulièrement impressionnant de constater que notre autorité administrative indépendante garantit en France l'exercice de la liberté de communication audiovisuelle au point de réagir fermement à ce dépassement de ... 0,17%. De qui assurément faire basculer une élection, tenez, imaginez si l'an prochain la Majorité venait à perdre plusieurs régions, enfin, plusieurs, disons l'Alsace et la Corse pour ne pas les nommer, l'explication est toute trouvée...
Franchement et sans faire d'allergie particulière envers les orientations politiques de la majorité, non non, je ne m'étais absolument pas rendu compte de cet odieux décalage de 0.17%. Pire même, mauvaise foi quand tu nous tiens ,j'avais plutôt tendance à penser l'inverse. Il faut dire que le CSA ne tient pas compte par exemple de la ligne éditoriale des journaux fortement influencée par la majorité. Quand Luc Chatel va au supermarché par exemple ,j'aime bien cet exemple, voilà qui débouche immanquablement sur un sujet traité en JT. Sujet sur le théme de la rentrée, des prix qui baissent, de l'action du gouvernement dans cet exploit, de la satisfaction des mères de famille présentes... un moment de pur ravissement pour la majorité sans rien coûter en temps d'expression. Quand en plus on apprend que le supermarché était lui sur-représenté artificiellement en partisan UMP on s'étonne qu'aucune autorité administrative n'intervienne pour réguler ce déséquilibre...
Blague à part ce qu'il convient de retenir c'est que si l'UMP est sous-représenté dans les journaux de Fance ce n'est bien sûr pas parce que les gauchistes empiétent de 0,17% sur leurs droits mais bien parce que le gouvernement dépasse allégrement les 40% d'occupation du petit écran. Mais bien sûr ce n'est pas trop vendeur à l'UMP de crier au loup devant la voracité de la sarkozy team c'est pourquoi Xavier Bertrand s'en est tenu à un limité "la situation est particulièrement marquée sur France 2 où le temps de parole de la majorité représente 19,3% du temps de parole politique, contre 33,5% pour l'opposition" en exigeant curieusement des mesures pour remédier à la situation. Je dis curieusement car la réponse est d'une affligeante évidence : il suffit de réduire le temps de parole du gouvernement de 7 bons points...
Etranges gesticulations de ce pouvoir majoritaire qui, détenant 60% du temps d'antenne de nos médias les plus influents trouve encore le moyen de s'en plaindre. Je peine à définir dés lors la limite acceptable que ces messieurs-dames de la politique entendraient fixer à leur toute puissance. je peine encore plus à comprendre ces jérémiades alors que le CSA justement s'engagera dès septembre sur un nouveau principe de pluralisme qui additionnera les interventions du chef de l'État (et de ses collaborateurs bien bavards) et de la majorité présidentielle. Ce qui fera chuter de facto de 60 à 50% leur temps d'antenne.
De quatre choses l'une, soit la sortie de l'UMP est un écran de fumée de plus pour occuper l'espace, soit elle est particulièrement maladroite à l'heure où une réforme plus limitative se met en place, fruit de la réforme constitutionnelle votée par l'UMP. Ou alors cette premiere escarmouche annonce une nouvelle ère faite de lendemains musclés au cours desquels CSA et médias seront régulièrement diabolisés pour quémander quelques minutes et quelques attentions de plus. Dernière hypothése, un syndrôme hégémonique plane sur notre beau pays qui fait perdre peu à peu tout sens de la mesure : le président prépare son fils à la succession du trône, la majorité présidentielle n'en finit plus de rassembler et de s'élargir pour capter l'approbation de certains socialistes comme de centristes modérés aux côtés désormais de leurs nouveaux collègues villieristes ou traditionnalistes de la chasse et de la pêche. Le temps ne serait plus au partage encore moins à l'alternance, et contre ça il n'y a pas de CSA.

dimanche 5 juillet 2009

Travail le dimanche - C'est l'amère Michelle...

Tant qu'elle ne perdait que son chat j'avoue que cette fameuse Michelle ne pouvait espérer que ma compréhension polie.
Mais voilà que lui vient l'idée, somme toute saugrenue, de faire des emplettes le Dimanche. Elle aurait pu trouver portes closes et se rabattre sur un de nos multiples musées dont elle connait déjà les charmes des visites privées.
C'était sans compter sur notre Président qui, alors que notre pays traverse une crise économique sans précédent choisit plutôt de jouer les gentils organisateurs tout en se constituant une nouvelle culture, nous dit-on, on a les priorités que l'on peut.
«Est-ce qu’il est normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir?». Vous l'aurez compris, Nicolas m'aurait posé la question, il n'aurait pas été déçu du déplacement, toujours en avion et fortement armé, le déplacement. Non ce n'est pas normal Monsieur Le Président que vous vous occupiez de ces futilités, elle n'avait qu'à venir samedi... L'histoire ne s'est cependant pas arrêtée là puisque de cette préoccupation majeure pour le devenir de nos démocraties en découle une attaque en règle du travail du Dimanche... Merci Michelle !
«Tous ceux qui soutiennent le président Obama étaient présents, très bien. Qu’ils aillent maintenant leur expliquer pourquoi le dimanche, nous sommes le seul pays où, à Paris, c’est fermé.» Il y a comme une jalousie qui semble poindre et qui détonne tout de même : de qui notre bien aimé président peut il être raisonnablement jaloux lui qui truste l'actualité, monopolise les médias, cannibalise l'attention ? si cela ne suffit pas encore, que faire ? Ainsi, son auguste interrogation viendrait de son incapacité à argumenter auprès des Obama, ah quand même... C'est profond, réfléchi, stratégique tout ça...
Notons que dans notre malheur, on est plutôt vernis : imaginez Michelle Obama insomniaque qui part sur les Champs-Elysées sur le coup des 3-4 h du matin, et c'était le grand retour du travail de nuit.. ou qui aurait plutôt voulu visiter une école ? et voilà nos chers bambins à la semaine de 7 jours... Ou trop fatiguée dimanche, la voilà qui reportait ses achats au lundi, qu'aurait fait notre SarGOzy ?
Mon regret est tout de même qu'elle n'ait pas souhaité rendre visite à nos députés ce même dimanche... cela aurait été bien plus rigolo...
Mais faut-il donc que notre douce France politique soit tombée si bas pour construire ainsi sa destinée au gré des desiderata des premières célébrités venues ?
Et si la Reine d'Angleterre exige qu'il fasse toujours beau à Calais pour faciliter le débarquement de ses concitoyens ? on réforme Météo France ?
Et si Sylvio Berlusconi trouve les petites française trop âgées, on réforme l'âge de la majorité ?
Et si Angela Merckel trouve décidemment Strasbourg trés à son goût ? on réforme les frontières ?
Et si Georges Bush voulait absolument qu'on l'accompagne en Irak ? il aurait passé aussi un coup de fil notre plus petit Président de la République Française de tous les temps ?
Non, vouloir se faire des amis c'est bien mais il n'est pas forcément nécessaire d'imposer aux 60 millions autres le moindre de leur caprice.
Parce que sinon je m'y met aussi. Je me boirais bien une petite bière mais le premier bar est à 500 mètres. On pourrait pas réviser l'implantation commerciale qu'il y en ait un en face de chez moi, et ouvert en permanence. Pis ma voiture est en panne alors il peut m'en amener une de la flotte présidentielle le grand serviteur de l'Etat ?
Notons que le pire est évité parce que ce système de services à la demande, il aurait pu l'appliquer à ses amis actuels :
et si Christian Clavier ne se sent pas en sécurité dans sa résidence Corse, dimanche ou pas dimanche, on renforcerait sa protection. Et puis tant qu'à faire Johnnny Hallyday pourrait vouloir chanter le 14 juillet... son avocat pourrait vouloir la légion d'Honneur tant qu'on y est et son Secrétaire général adjoint vouloir la présidence d'un grand groupe bancaire ...
Heureusement que le bon sens est encore de mise et que tout ceci n'est que pure fiction. Travailler plus pour faire gagner plus ne peut pas être un leitmotiv permanent. Restons en là, le shopping de Michelle n'était qu'un regrettable accident, une petite incursion du n'importe quoi, de l'amateurisme et de l'opportunisme dans notre vie politique bien compréhensible. Notre Président le dit lui-même, sa charge est "inhumaine" c'est sûrement pour cela qu'il s'est fourvoyé dans quelques travers bien... humains. En ce jour de lancement du RSA, je suis sûr qu'il a bien conscience qu'avec ses 954 euros, ouverts ou pas ouverts, on ne fait pas les magasins des Champs-Elysées. Dites, il en a conscience hein ?

jeudi 18 juin 2009

L'UMP adepte de la nage à contre-courant

A parcourir les résultats des Européennes, on peut certes constater un émiettement des voix puisqu'hormis la nette victoire du parti des abstentionnistes, les autres listes s'éparpillent largement. Pas sûr pour autant que l'on puisse en tirer comme conclusion que notre paysage politique marche sur les pas de la glorieuse IV° République. Bien sûr, la multitude de petites listes à l'audience confidentielle et la faible mobilisation des extrêmes laisse à penser qu'un consensus mou s'affirme sans savoir quoi dire.

Un sentiment confirmé par le faible score d'un Modem qui s'y voyait déjà mais ne représente finalement rien de plus. Le PS, touché de la même manière, se voit talonné par des écologistes dont le triumvirat Bové-Joly-Cohn-Bendit ne laisse pas d'interpeller. Car le point commun entre toutes ces formations n'est-il pas d'être constituées de courants aussi divers que variés, alliés de circonstances autant qu'ennemis jurés d'hier. Et du coup bien incapable de proposer une position claire et une ambition sereine. Il est ainsi frappant d'entendre les élus socialistes évoquer chacun un point de vue différent alors que les écologistes s'attendent déjà à se déchirer et que les élus du modem s'interrogent sur les choix personnels et non partagés de leur leader. Quant à l'extrême gauche, elle a réussit sur les dépouilles du PC et autres trotskysme bon teint à constituer deux listes d'égale valeur qui s'entretuent pour mieux se priver de résultats...
Dans ce kaleidoscope j'ajouterai bien le FN dont la particularité est qu'il n'a pas rassemblé autant de courants qu'auparavant, un certain nombre ayant rallié le parti présidentiel.
On remarquera que les partis politiques ont d'autant plus de courants qu'ils n'ont pas d'idées suffisamment fortes pour imposer l'union.
En face, à contre-courant de tout cela, le bloc de droite parait un et indivisible, capable de parler d'une seule voix et de soutenir un seul homme. Que ce soutien soit voulu, factice ou subit il témoigne d'une vraie rupture, peut être la seule rupture de ce mandat. Elle est à la fois structurelle, un bloc face à la multitude, politique, un projet face aux critiqueurs anti-tout, humaine, un leader à droite face à des tonnes de prétendants à la carrure fragile.
Deux stratégies s'affrontent donc, celle de droite étant enviée par tous les autres qui cependant la dénonce... car la présidentialisation du pouvoir engendre la présidentialisation de... l'opposition. Le moindre acteur mineur se croit ainsi autorisé à s'imaginer un destin national avant même d'avoir le moindre projet ! Du coup l'unité est condamnée d'avance et ce ne sont pas les incertaines alliances possibles PS-verts, PS-Modem, Modem-verts, faites vos jeux.
Que Dominique de Villepin apparaisse comme le principal opposant du camp majoritaire en dit long sur l'état de notre démocratie et de notre système politique, l'intéressé n'ayant jamais abordé une seule élection...
Deux orientations nous sont offertes donc mais aucune ne s'impose vraiment car le bloc UMP a beau être soudé il est aussi exigu et peut attractif aux yeux d'autres formations. C'est dire l'impasse dans laquelle nous nous trouvons. Petit indicateur des tendances à venir, on peut considérer que le bloc de droite élargit cependant sa discipline auprès de nombreux médias bien prompts à souligner ces derniers jours le "bond" dans les sondages de Nicolas Sarkozy. Ils sont apparus plus mesurés sur l'envol des dépenses de l'Elysée voire absents dans les détails sur l'extension de l'appartement de fonction de François Fillon... en plein scandale des notes de frais outre-manche, l'absence de parallèle avec nos édiles est pour le moins étrange...
Cette complaisance sera t'elle suffisante pour faire basculer l'opinion dans un camp ? pas si sûr. Le contexte économique et social ne s'annonce pas bien porteur pour les gouvernants qui peuvent toujours agir à contre-courant mais, dans ce secteur là, les apparences ne suffiront pas.

mercredi 10 juin 2009

Des Européennes reçues 2 sur 5

En langage radio, lorsque l'on s'interroge sur "l'intelligibilité de ses signaux", 2 sur 5 correspond à un timide médiocre. De la même façon on ne saurait trop conseiller aux futurs candidats au bac à se contenter d'un tel ratio.
Quand à ceux qui envisagerait de ne déclarer aux impôts que 2/5° de leurs revenus, je les trouve joueurs...Mais il en va tout autrement de la politique qui sait faire mieux que s'en contenter. 2 sur 5, 4 sur 10, 40 sur 100, 40%... nous parlons bien de la même chose, le taux de participation des dernières élections européennes. Acquis et convenu d'avance, ce taux catastrophique n'a fait l'objet que d'un rapide consensus désolé pour mieux s'attaquer à de subtils, fastidieux, ridicules, étonnants (cochez la mention utile) commentaires sur la performance de chacun. Enfin, performance, cela doit se comprendre à l'échelle de référence du politique car Federer, par exemple, en ne gagnant que 2 points sur cinq serait encore assez éloigné d'un premier sacre Porte d'Auteuil...
A tout seigneur tout honneur saluons d'abord la cohérence de notre monarchie dont les humbles sujets respectent tant leur souverain qu'ils le placent en tête des suffrages. Le parti de la Majorité Présidentielle rassemble 27,8 % des suffrages exprimés. Vous me direz que 27,8% la majorité ce n'est pas cher payé, sûrement une conséquence inédite de la crise, même les voix se dévaluent. Crise peut être mais on n'en garde pas pour autant le moral, Roger Karoutchi pouvant exprimer un retentissant "Tout le monde dit 'I love you' à Nicolas Sarkozy" quand il évoque les 12% d'électeurs inscrits ayant soutenu son favori...
Le privilège des vainqueurs, car là est bien le point essentiel retenu et proclamé : l'UMP est la première force politique du pays. La première force plutôt isolée cependant et ne pouvant guère espérer rallier beaucoup d'autres voix lors d'élections qui appelleront un deuxième tour...
Voilà sûrement qui explique en partie l'empressement de notre Président à se clamer chantre de l'écologie et des énergies renouvelables. Ceci quelques mois seulement après s'être fait le garant de la relance de l'énergie nucléaire en France : "à tous les pays qui veulent lancer ou relancer l'atome civil, le chef de l'Etat signifiait en janvier dernier que la France faisait confiance à sa propre technologie. Et qu'elle entendait rester à la pointe de cette filière énergétique qui renaît lentement après vingt ans d'hibernation... rapportait Le Monde.
Mais on ne prête qu'aux riches et qu'aux vainqueurs alors que les vaincus n'ont que leurs yeux déjà rougis par d'autres défaites, pour pleurer. En looser magnifique, le PS se pose en candidat idéal, en champion de l'échec annoncé. Une sorte de nouveau PC, pas le parti, non, le Baron, Pierre de Coubertin. Le PS participe aux élections car il s'y voit exister enfin mais tout en s'assurant bien de respecter la célèbre maxime "L'important c'est de participer". Avec cette naiveté troublante qui les caractérise, les nombreux représentants socialistes reconnaissent volontiers à chaque fois qu'il leur faut un projet et qu'ils vont s'y mettre. Le millénaire nouveau est ainsi toujours en attente d'une idée, d'un programme... Cette faiblesse a été bien identifiée par le Modem qui a vu un espace politique entre la droite unie et le socialisme désuni. Seulement entre un omnipotent président qui dirige à l'opportunisme et un parti sans doctrine, l'espace est effectivement disponible mais il est tout également vide de sens. Et à l'heure de l'isoloir, c'est insuffisant pour convaincre surtout quand le leader s'emporte à défaut d'apporter.
Reste donc l'éclaircie de ce scrutin, la surprise relative aussi avec le retour fracassant de l'écologie politique. Retour car il faut tout de même se rappeler qu'en 1989 déjà, Antoine Waechter frôlait les 11%. La suite fut plus cahotique pour un mouvement qui supporte mal l'exercice du pouvoir et se perd régulièrement en de multiples courants. A quelques voix seulement du PS, le parti emmené par le charismatique mais déjà ancien Cohn-Bendit se voit offrir une nouvelle chance de surfer sur une vague porteuse. Pour quel usage ?
Le FN qui a porté Nicolas Sarkozy au pouvoir se fait désormais piller à l'approche de chaque élections. Un gros coup de projecteur sur l'insécurité, un brin d'immigration, une menace sur l'éducation et c'est autant de frontitstes qui rejoignent l'UMP. La fin de règne du leader historique n'arrangera rien.
Quant à l'extrême gauche, tant diabolisée par la droite, elle confirme son peu de goût pour la voie électorale. Ni le Front de gauche, sur les ruines du PC, ni le NPA, sur les fondations des conflits sociaux, ne percent vraiment. Mais ils s'installent dans le paysage. C'est bien le sentiment qui demeure à l'issue de ces élections : un minimum d'électeurs, un maximum d'acteurs, cherchez l'erreur ! ou trouvez le lien ? tant de professionnels défendant leur petit parti et leur pseudo légitimité, proposant de vieilles recettes et d'antiques alliances changeantes, cela donne t'il envie de voter ? Sur ce point, nos édiles ne disent mots trop accaparés à se construire déjà un destin, me modeste, qui leur garantira quelques années de pouvoir et d'existence publique.
Pas de quoi rassénérer un pays ancré dans une crise dont on parle désormais surtout pour arguer qu'elle est moins pire qu'ailleurs et qu'elle finira un jour. Il faudra sûrement un peu plus que cela pour rassurer, convaincre voire maitriser les 60% de non votants.
Eux ont été reçus 3 sur 5, soit une intelligibilité de leurs signaux... assez bonne.
A bon entendeur...

dimanche 7 juin 2009

Le retour de la vengeance contre-attaque

Voilà les semaines qui défilent sans que je ne m'aperçoive de mon silence numérique. Comme quoi il y a une vie hors de l'internet. Mais cette absence a fait quelques heureux ; les milliards d'internautes ne soupçonnant pas même mon existence d'une part, les quelques-uns à ne pas me supporter, et une poignée de joyeux drilles pour qui cette discrétion fut l'occasion de toutes les disgressions.

Il y a tout d'abord les optimistes éternels pour qui j'avais forcément empoché le super pactole du loto. De mon nouvel archipel des Seychelles je n'avais pas encore installé le wifi...
Les militants me croyaient en campagne pour les européennes (étrange idée il y a bien trop de listes !) alors qu'au mieux vous me retrouverez à la campagne pour les eurockéennes...
Les méchants m'espéraient à Rio et de retour sous peu, en Airbus si possible.
Les sportifs me croyaient à Roland Garros où mon épopée ne s'achevait, sur le court 19, qu'au cinquième set face au redoutable péruvien Luis Horna.
Les lillois me pensaient en soutien de Rudy Garcia pour décrocher l'Europe lors des dernières journées de championnat. Vu le sort réservé à Rudy, j'aurais du...
Les fans me pensaient au stade Saint Symphorien, campant avec deux semaines d'avance, pour être sûr de ne pas rater la der de Johnny...
Les craintifs imaginaient mon retrait pour échapper aux foudres de Nadine Morano prompte à mettre en accusation tout critiqueur. Mais connaissant la gouaille provocatrice de la dame je ne m'inquiète pas trop : elle finira au poste avant moi !
Les ambitieux me supposaient déjà en train de concevoir le web 4.0 qui me verrait bientôt réapparaitre, souverain.
Les timides n'osaient pas me demander pourquoi je ne publiais plus.
Les filles expliquaient qu'un coup de foudre m'avait emporté et mes réflexions acerbes pour quelques boucles blondes envoutantes. C'est naîf une fille...
Les intellos se réjouissaient de mon abandon de ces futilités pour m'attaquer enfin à une thèse digne de ce nom "Du rapport du sarkozysme avec la purée en sachet : qui a le plus de goût ?"
Les mystiques m'envoyaient en retraîte spirituelle dans un distant monastère pour mon bien alors que je le sais moi que je n'aurais pas de retraîte...
Les techniciens me projetaient le nez dans mon unité centrale en train de réinstaller l'alim tout en boostant le bios sans négliger des barettes supplémentaires et une nouvelle carte graphique NX8800GT...
Les besogneux expliquaient que le mois dernier j'avais achevé la première phrase du prochain post, des raisons d'espérer pour Noël prochain.
Les critiques s'auto-complimentaient d'avoir eu raison de penser que j'allais m'arrêter...
Les inquiets parcouraient les rubriques nécrologiques à la recherche d'un quelconque indice.
Les radins me comprenaient : franchement, 29 euros 90 le forfait mensuel c'est tout de même pas donné, il a sûrement fait comme nous : il ne prend un abonnement qu'un mois sur deux.
Les comptables se perdaient en conjecture après l'étude quantitative de ma production de ces derniers mois et envisageaient pour le moins un dépôt de bilan...
Les hypocondriaques m'affublaient d'un étonnant H1N1 qui ne les surprenait guère : j'avais été vu sortant d'un Tex Mex.
Les révoltés, après l'échec de leur première pétition, envisageaient un mouvement populaire d'ampleur afin de m'obliger à reprendre.
Les pénibles le demeuraient en arguant que tout ça c'était quand même de la faute au 35h, des jeunes, des charges, des fonctionnaires et des températures frisquettes pour la saison.
Les politiques rendaient hommage à mon engagement citoyen tout en débutant l'évocation de leur positif bilan, une évocation à cette heure toujours en cours...
Les bordéliques étaient contents de me revoir parce qu'avec tous ces papiers, plus moyen de mettre la main sur mon adresse web !
Les dilettantes trouvaient le nouveau rythme plus adapté à leurs attentes et pas du tout préoccupant.
Le corps médical paraissait impatient de me revoir à l'ouvrage, un bon signe parait il, espérant ainsi ne plus être l'objet de mon courroux, c'est pas gagné...
Les écolos soutenaient ma volonté de limiter mon bilan carbone au strict nécessaire, ce qui passait déjà par le recyclage de mon ordinateur. Ils m'ont promis d'en faire autant, bientôt.
Les traders analysaient ma disparition comme une conséquence directe de la crise financière qui fait plonger les marchés qui fait plonger les investissuers qui fait plonger les cours qui font plonger la confiance qui fon tplonger les bloggueurs, imparable.
Et finalement personne n'a pensé qu'un petit bout de chou, troisième du nom, pouvait prendre toute mon attention et mon temps, étonnant !

dimanche 3 mai 2009

LOSC - La symphonie inachevée

Après la double confrontation victorieuse face à l'OL, les espoirs les plus fous caressaient dans le sens du poil le dogue lillois. Qualifié en coupe et dans le peloton de tête du championnat, Lille s'esquissait quelques glorieux desseins. Vains.
A l'heure de l'emballage final, la machine s'est grippée inexorablement. Après deux coûteuses expulsions à Toulouse, des ballons perdus dans l'axe à répétition, des matchs menés non concrétisés, le scénario s'est répété à foison pour peu de points et beaucoup de désillusions. Les deux derniers matchs sont à ce titre éloquent : face à Marseille puis Lorient, Lille a mené plutôt contre le cours du jeu avant de s'effondrer, de lâcher, une aptitude pourtant rare cette saison. Sûr que les cadres souffrent en cette fin d'un championnat exigeant, que la pression médiatique a affolé quelques chevilles ou melons comme les supposées sollicitations de grands clubs européens, que le banc était bien juste pour espérer enchaîner indéfiniment... mais l'esprit qui flanche c'est un peu plus embêtant en prévision de la saison future. Il faut espérer que notre discret président se rappelle au bon souvenir des joueurs, ce qu'il a engagé, et que notre jeune entraîneur apprenne en 2010 à concrétiser sur 38 journées. Ce sera un bon début à la montée en puissance d'un club encore fragile et inexpérimenté. Des caractéristiques oubliées au temps de l'euphorie mais qu'il convient de rappeler aujourd'hui. Lille ne devait pas jouer le haut du tableau au regard des effectifs respectifs tandis que sa double victoire face à l'ogre lyonnais annonçait surtout le crépuscules des gones.
Le groupe a dés lors perdu de sa superbe et de sa cohérence y compris sur son point fort, le milieu de terrain. La faute à la chute des ailiers magiques, Bastos et Obraniak, redevenus quelconque au fil des matchs. Bien accompagnés par un Cabaye éteint et un Mavuba trop défensif. Mais pour cause. Notre capitaine pouvait-il être moins défensif dés lors que ce secteur prenait régulièrement l'eau ? Plestan-Rami et rien d'autre, c'était dit bien juste pour toute une année et cela s'est confirmé. Ce qui n'enlève rien à leur mérite ni à leur potentiel. Tafforeau disparu corps et âme du couloir gauche a fragilisé un édifice qui n'en demandait pas tant. Devant un Malicki étonnant mais pas décisif. Reste l'attaque, le mal récurrent du club : De Mélo, le bon coup du recrutement nordiste s'est avéré un vrai flop la faute à une blessure non soignée en Italie. Un Frau bis, ce qui fait beaucoup, PAF ayant oublié son football en rejoignant la capitale des Flandres. Comme Fauvergue n'a pas confirmé qu'on pouvait le considérer comme un authentique attaquant de ligue 1, il n'y a guère que Vittek qui ait pu s'affirmer, mais pour un remiseur qu'il est difficile de jouer seul devant, une sale habitude des années Puel qui coûte cher d'ailleurs du côté de Gerland...
Pas question aujourd'hui de jeter tout le monde aux orties, de crier au scandale ou d'exiger je ne sais quoi, juste de replacer chacun face à la réalité. Il y a de quoi faire une belle équipe à Lille mais avec encore pas mal d'inconnues et d'inconnus. Mais enfin, l'ensemble a longtemps eu de l'allure grâce à l'infatigable Balmont, à la tornade Hazard, aux progrés de Chedjou ou à l'abnégation de Debuchy.
L'intersaison sera donc cruciale pour reconstituer un groupe compétitif en évitant de manquer les bonnes occasions des dernières années : Hoarau, Gouffran ou Gignac voire Savidan ou Rémy étaient annoncés un temps du côté de Luchin. Ils sont en haut du classement des buteurs, c'était plutôt bien vu, mais sous d'autres couleurs... Une habitude qu'il faudra perdre pour éviter de retomber dans l'anonymat.
A contrario et à l'attention des joueurs lillois attirés par d'autres cieux, qu'ils parcourent au préalable les destinées de leurs aînés partis se fourvoyer aux quatre coins de l'Europe. En commençant par suivre les mésaventures de Saint-Etienne tout prêt de la Ligue 2, le rêve d'un Tavlaridis ou d'un Mirallas, assurément...
Reste l'UEFA à décrocher en gagnant déjà à Toulouse dans 10 jours, vaste programme mais noble ambition !

jeudi 30 avril 2009

Les classiques (de circonstance) - Joachim du Bellay célèbre Ulysse, nous aussi

Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la Toison
Et puis s'en est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrais-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeuls, Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le Mont-Palatin
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

JdB

et bien Joachim, nous aussi accueillons depuis le 10 avril un petit Ulysse, alors c'est la fête !

mardi 7 avril 2009

L'UMP-F pour vous servir Mister President

C'est finalement la disposition la plus visible et la plus vite mise en place face à la crise. La relance se matérialise donc d'abord par le souci premier de relancer un Président en manque de popularité. Comment ? en créant une force spéciale prête à tout pour entourer son mentor, une section dédiée à l'évènementiel qui prend de plus en plus d'importance jusqu'à se doter récemment d'une stature internationale. Voici venu le temps des UMP-F, pas vraiment un conglomérat de l'UMP et de l'UDF non, simplement l'Union pour un Mouvement Populaire des Figurants. Une nouvelle entité qui a pris petit à petit sa place et que nous avions déjà remarqué lors du dernier salon de l'agriculture. Afin d'éviter un remake du célèbre "cassetoipovcon" de 2008 où un citoyen français avait refusé de serrer la main de notre Président, cette fois seuls les militants dument identifiés avaient le droit d'approcher et d'acclamer le plus fortement possible leur favori. Quelques sorties présidentielles cahotiques plus tard, l'idée faisait son chemin que ce serait tout de même plus simple que Nicolas ne rencontre que des Pimprenelle, des gens qui le soutiennent quoi, et c'est ainsi que dans cette belle bourgade de Saint Quentin, L'UMP-F remit le couvert lors d'un déplacement destiné à "faire de l'explication et de la pédagogie, sur fond de crise et avant le sommet du G20". Rendez-vous au Palais des sports donc pour 4000 supporters triés sur le volet tandis que la ville était paralysée par un bon millier de policiers...
Un déplacement que l'opposition a chiffré à quelques 400 000 euros puisque l'ensemble est orchestré par l'Elysée. L'occasion de faire de belles images bien revigorantes d'un leader des français soutenus, applaudis, encensés en oubliant au passage de trop s'appesantir sur l'identité et le penchant naturel des spectateurs... une ficelle un peu grosse peut être mais il faut croire que les grands communicants sont en mal d'inspiration et que, dans le même temps, le Président apprécie. C'est peut être ça le plus génant dans cette histoire : personne n'est dupe mais lui, ça lui plait. Parce que finalement la popularité n'est certainement pas son ambition, peut être même que rallier une majorité ne l'intéresse déjà plus. Tout juste veut-il gouverner avec les siens pour les siens. Une tendance lourde que l'on retrouve dans son souci de nommer des personnes de son staff dans l'audiovisuel public comme dans les banques regroupées, sa propension à appeler en direct les rédactions trop critiques ou maladroites envers sa personne, le cercle fermé de ses intimes conseillers que ne vient pas troubler l'ouverture politique de façade.
Aboutissement le week end dernier à Strasbourg pour les joyeux lurons de l'UMP-F, leur reconnaissance internationale est avérée après qu'ils aient obtenu l'exclusivité de l'accueil du Président américain. Ils étaient 500 privilégiés à pouvoir braver les barrages, contrôles, privations imposés aux strasbourgeois non membre de l'UMP-F.
A ce rythme-là, cette petite entreprise pourrait connaître la croissance, si même pour circuler en centre-ville il vaut mieux être adhérent...
En même temps, cela ne manquera pas de donner des idées à d'autres à commencer par les partis d'opposition même si Martine Aubry n'a pas su s'organiser aussi habilement lors de son dernier Zenith...
Et à bien d'autres encore.
On ne saurait ainsi trop recommander aux banquiers si impopulaires de se doter de clients-figurants les acclamant à leur arrivée et leur baisant les pieds à l'obtention de leur prêt.
Idem pour les chefs de grands groupes en restructuration, rien ne vaudra une bonne rencontre avec des syndicats-figurants avant de discourir sur la fermeture annoncée devant des ouvriers-figurants conquis.
Les traders pourraient aussi investir sur des marchés-fugurants, ah ben non, ils le font déjà...
C'est peut être une force insoupçonnable qui va se lever dans notre pays, des citoyens-figurants par millions s'engageant à figurer, une nouvelle forme de contrat aidé, le contrat figuré. Pour créer un monde nouveau, aseptisé, toujours positif, sans critique ni remise en cause. Un eurodysney (n'y a t'il pas lancé sa stratégie en officialisant sa future épouse figurante à souhait ?) hexagonal qui n'achèverait jamais sa grande parade dans laquelle Saint-Nicolas trônerait en toute modestie.
Etre figurant va devenir un vrai métier bien en phase avec la médiatisation extrême de notre société, à chacun ses quelques minutes de célébrité à embrasser Barrack, à soutenir Borloo, à sourire à Novelli. Ben oui, tout le monde ne peut quand même pas être logé à la même enseigne non plus. Ce n'est pas parce que le monde sera figurant qu'il sera égalitaire. Mais si vous n'êtes pas content de votre sort vous pourrez toujours recruter des figurants qui vous embelliront la vie, c'est un nouveau mouvement perpétuel ! avec un frein : le jour où le Président nous exaspère la tentation sera forte de lui préférer un figurant...

samedi 4 avril 2009

Le G2, nouvel ordre mondial ?

Difficile d'échapper aux grandes messes internationales qui du G20 à l'Otan donnent du travail à Gala et Paris Match pour un bon mois. La politique-spectacle à l'échelon mondial c'est forcément d'une autre dimension même si le contenu des conférences de presse n'engendrent pas l'enthousiasme démesuré. Pourtant Gordon Brown annonce l'avènement d'un "nouvel ordre mondial", rien que ça. Nicolas Sarkozy renchérissant par un tonitruant "au-delà de ce que nous pouvions imaginer".
J'ai beau disséquer les annonces, je peine à matérialiser ce changement :
des sommes colossales, 5000 milliards ! vont être injectées mais on ne sait d'où cet argent proviendra ni dans quelles circonstances il sera mis à disposition. Pire il sera géré par le FMI et la Banque Mondiale, deux organismes qui ont pour le moins peu prouvé leur efficacité ces dernières décennies...
De "nouvelles règles" sur les salaires et les bonus des dirigeants au niveau mondial seront établies, ce qui est sûrement trés bien mais néglige le fait que ces excés n'étaient que les conséquences d'un système bancaire malade, pas la cause.
Une liste des paradis fiscaux, eux-aussi devenus subitement indésirables, est bruyamment diffusée avec de notables distingo : il y a une liste noire des gros méchants. Surprise, on découvre des pays insoupçonnés, Malaisie, Costa Rica et les Philippines... Pour l'Uruguay c'était une fausse sanction qui ne durera, la grâce des négociations, qu'une journée. Puis il y a une liste grise où nos voisins ne sont pas épargnés sans que l'on sache bien, vu l'importance des capitaux ou des frontaliers qui transitent... le risque encouru. Et puis il manque quelques poids lourds comme... la city de Londres, les îles anglo-normandes, Taiwan ou Macao... l'illustration que ce nouvel ordre mondial fait la part belle aux pays anglo-saxons et à la Chine sans offusquer la vieille Europe. Il faudra m'expliquer ce que cela a de nouveau. Ah oui, deux pays africains font de la figuration tandis que leurs homologues forment le Jaifaim, eux trônent au G20, question de style...
Il y a bien sûr un progrès à cet élargissement de 7 à 20 même si on peut se demander si cette extension ne résulte pas du politiquement correct, de l'affichage de convenances ou, pire, d'une situation économique telle que l'heure au rassemblement d'urgence s'impose.
A ce concert d'auto-satisfaction, les bourses ont, sur le coup, apporté leur soutien en repartant à la hausse. Mais est-ce un signe encourageant que le système accusé d'avoir fomenté la crise soit rassénéré par les mesures des puissants de ce monde ? L'économie réelle continue, elle, sa chute vertigineuse en témoigne le chiffre hallucinant des pertes d'emplois aux Etats-Unis en mars : - 663 000 emplois ! Barack Obama, guest star des évènements a occupé le terrain de sa décontraction et de son souci du dialogue. Doit on y voir l'avènement d'un nouveau modèle américain moins imposant, arrogant et donneur de leçon ? ce serait la moindre des choses puisque des USA est venue la crise. Et puis faire un nouvel ordre mondial en omettant de toucher au sacro-saint dollar cela mérite bien quelques concessions, non ?
Mais finalement le plus inquiétant de toutes ces gesticulations n'est-il pas l'extrême discrétion de la Chine ? La plus grande réserve de devises étrangères du monde (1000 milliards de dollars), le premier créancier des Etats-Unis s'est montré bien réservé laissant les sunlights et caméras à d'autres et se contentant d'influer en sous main. De plus en plus présente au sein d'un FMI renforcé, doté d'une arme de guerre économique le China Investment Corporation, elle ne devrait pas manquer de le mettre en oeuvre, seule ou avec les Usa, ce nouvel ordre mondial. Ces deux pays sont désormais tellement financièrement liés que c'est plus sûrement ce G2 qui va gouverner la planète !