mercredi 25 février 2009

Rugby - L'ovalie ne tourne pas rond

Alors que se profile le match France-Galles, le coeur n'est pas à la sérénade tant le rugby français semble voguer à vue, ballotté au gré des adversaires et des compétitions. Le temps où le coq terrassait l'ovalie européenne s'apparente à de bien lointaines archives, on y associerait presque des images en noir et blanc...



Pourtant, le passage au professionnalisme paraissait plutôt bien digéré malgré quelques relents malheureux entre ligue et fédération, presque une tradition pour un sport qui s'en inspire tant. Les clubs du Top 14 n'assuraient ils pas le spectacle, les quelques chocs remplissant d'aise les travées des grands stades de notre pays ? C'était peut être oublier un peu vite que derrière les très riches et médiatiques Stade Français ou Toulouse, des grands noms s'épuisaient sans pouvoir suivre : Agen, Béziers, Colomiers, Grenoble, Narbonne, Pau, Tarbes ont rejoints tour à tour la pro D2. Des clubs emblématiques aux nombreuses finales, des lieux de formation incomparables pourvoyeurs de nombreux internationaux. Rayés de l'élite.
Dans le même temps le championnat français s'ouvrait aux talents des joueurs étrangers, cette saison le Stade Français en compte treize dans son effectif, Clermont quinze, Toulon... 27.
Toulon qui cristallise toutes les errances d'un sport où l'argent s'est cru roi au point de se limiter à un vaste marché planétaire du transfert pour conquérir à grands coups de chèques le précieux bouclier. Aujourd'hui Toulon ne veut pas redescendre et compte sur ses non-mercenaires pour sauver ce qui peut l'être.
Et pendant ce temps, les jeunes joueurs français doivent se contenter de miettes de matchs, même topo pour les joueurs confirmés aux postes stratégiques. On notera ainsi que les deux meilleurs marqueurs de l'actuel championnat se nomment Brock James et Andy Good et que les 5 meilleurs marqueurs d'essais sont aussi étrangers. Le constat est d'ailleurs le même en Pro D2 ce qui accentue le malaise d'un rugby national sacrifié sur l'autel de la réussite économique immédiate au grand desarroi de l'équipe nationale. Une équipe nationale comme frappée par un conflit récent, incapable de disposer à la charnière notamment d'un duo performant, régulier et un tant soit peu expérimenté. C'est une équipe sans guide ni gouvernail qui s'engage à chaque match vers l'inconnu avec des passages parfois géniaux parfois bien inquiétants. Avoir terrassé 22/13 la modeste mais joueuse et valeureuse Ecosse, et ses 25 000 licenciés, quand on annonce 262 000 pratiquants hexagonaux, cela n'augure rien de bon d'autant que se profile à l'horizon le redoutable Pays de Galles qui compte presque deux fois plus de licenciés... que l'Ecosse (42 000).
Le recours massif aux joueurs d'autres hemisphères est donc bien pénalisant mais il n'est pas la seule cause : on peut citer aussi le trouble jeu fédéral pris d'assaut par les anciens, la politique élitiste de la ligue se coupant du rugby de village, vieillot peut être mais source des talents, le battage médiatique concentré sur quelques noms ronflants, barbu scénarisé ou calendrier osé, la gestion des clubs refusant tout salary cap ou partage des forces. Bourgoin Jallieu voit partir son principal sponsor cette saison, mais combien de grands joueurs ces dernières années ? A ne plus être qu'un faire-valoir atomisé par les gros aujourd'hui.
Cerise sur le gâteau, il nous restait un domaine d'excellence : l'encadrement. Aprés le départ du surcôté et mercantile Bernard Laporte, on pouvait espérer voir s'installer un de ces techniciens-stratèges enviés voire employés par d'autres contrées. Il n'en fut rien. En choisissant un duo d'anciens joueurs dépourvu de la moindre expérience à ce poste, la FFR a obtenu le sublime insipide, l'absolu vide qui constitue aujourd'hui le jeu à la française que l'on évitera par pudeur de comparer à la french Touch qui nous fit jadis nous lever. Car il nous est arrivé de ne pas tenir en place dans le coin d'un virage comme au coeur de notre canapé : de pousser les petits à 5 mètres de la ligne, de serrer les rangs avec eux en défense et d'exulter devant un cadrage-débordement d'école qui transperçait la défense adverse. Mais là voyez-vous, le XV de France va jouer un vendredi soir de février la peur au ventre de ne pouvoir contrer une attaque en première main de Jones ou Roberts. Le Tournoi un vendredi, cinq jour après un choc du championnat impliquant 9 internationaux dont un déclaré inapte par le staff médical des bleus... la cabane est quand même un peu tombé sur le chien non ?

Il n'est donc plus sûr que l'on trouve quelques frémissements de plaisir vendredi car le ballon ovale tricolore, à se vouloir trop cartésien, en a oublié ce qui faisait son particularisme : un rebond fantasque et imprévisible, et un esprit si bien résumé par Crabos : "Le rugby ne se joue pas en 2 mais en 3 temps : Avant, la ferveur; pendant, la bravoure; après, la fraternité."
La ferveur il ne faudrait pas grand chose pour la transcender alors, soyez braves !

dimanche 22 février 2009

Pouvoir - La bougeotte ou la tremblotte ?

L'année 2008 ne se sera pas terminée comme pouvait l'espérer les vainqueurs du printemps 2007. Comme d'un frémissement d'été à un vigoureux hiver, il y a parfois peu. De quoi alimenter toutes les interrogations, tous les mouvements aussi. Syndicaux, sociaux certes mais également parmi les plus hautes sphères du pouvoir. Ce qui est plus étonnant tout de même.



Déjà on avait pu noter le départ très politique du Ministre du travail alors que le chômage battait tous les records, les intéressés apprécieront...
Puis bientôt une ministre-mère plus médiatique que populaire se prenait de passion pour de prochaines noces européennes.
Entre temps, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, symbole de l'ouverture, baissait le rideau gouvernemental pour investir l'Autorité des marchés financiers. Une autorité à redéfinir car elle n'avait pour l'heure guère produit de résultats positifs, à l'attention de marchés financiers bien mal en point, vaste programme. L'ami Jouyet ne partit cependant pas au combat les mains vides, le ministre du Budget lui remontant l’indemnité «de fonction» du président de l’AMF, afin d’aligner, nous explique t'on, sa rémunération globale sur celle de son prédécesseur. Pour un montant annuel brut de 220.000 euros hors indexation (sic), il y a de quoi retrouver son autorité...
Plus discrète et moins définitive l'évolution de Nathalie Kosciusko-Morizet qui profite d'un remaniement léger pour quitter l'Environnement et son Grenelle bien embarrassant pour la Prospective et l'Economie numérique. De prospective il n'est pourtant pas trop question si l'on veut déterminer la politique de la damoiselle : «Elle est très armée pour l’économie numérique», ose t'on vers l'Elysée. Normal me direz-vous puisque son frère Pierre est le créateur et directeur d’un important site de vente en ligne, PriceMinister. Il est également depuis peu ( juillet 2008) le président de l’Association française pour le commerce et les services en ligne (Acsel), un interlocuteur majeur du... gouvernement.
Entre carrièrisme et peur de l'avenir, ces mouvements me traduisent certainement enfin l'hyperactivité présidentielle que l'on s'échigne à me rabacher les oreilles sans que j'en comprenne bien la signification. Les rats quittent-ils le navire ou le capitaine est il d'humeur badine, difficile de trancher même si une chose est sûre, le bateau tangue. Penche. En tout cas il a du penchant. Du penchant pour les copinages et les bons plans entre amis .
Et ce n'est pas la "nomination annoncée" du secrétaire général adjoint de l'Élysée, François Pérol, à la tête de la banque issue de la fusion entre la Caisse d'Epargne et les Banques Populaires qui va me contredire. C'est cela dit d'une logique implacable pour le pouvoir communiste qui nous gouverne : l'argent public est au service du secteur privé qui a force d'être renfloué devient public. Quoi de plus normal dés lors qu'un administratif du Président en devienne le gérant pour nous tous en quelque sorte ? Pour le reste nommer à la tête de ce nouveau mastodonte celui-là même qui a participé aux négociations comme représentant de l'Etat laisse augurer quelques arrangements bien sentis.
Notez que quand l'on rend service, c'est tout de même bien la moindre d'être chose que d'être rémunéré, en numéraire ou en nature c'est selon.
C'est sûrement ce raisonnement qui explique que Nissan, bénéficiaire du plan de relance gouvernemental, ait été conatcté par l'Elysée pour prêter au couple présidentiel et sa cour 5 4x4 flambant neufs afin d'assurer dans un confort minimal le douillet séjour à Val d'Isère. Ils n'allaient tout de même pas arriver dans l'hôtel le plus chic et cher de Megeve en smart non plus. D'autant qu'une poignée de gardes du corps, 19 pour ne pas les nommer, les accompagner. Pas d'images ou de contacts durant ce week end de la Saint Valentin que l'on a annoncé pourtant studieux et à l'Elysée du côté du Figaro, ou, plus souvent dans la PQR, comme un déplacement éclair de Sarkozy... Au passage on constatera qu'il y avait presqu'autant de gardes du corps que de membres de l'équipe de France de ski, ce qui aurait pu nous permettre, si on les avait équipé convenablement, de doubler le nombre de médailles... d'argent, et l'argent il faut dire que notre Président en dépense des médailles, 30 000 euros la semaine de madame, 20 000 le prêt forcé de véhicules et... tout le reste, on comprend mieux que la France n'ait osé décrocher sportivement l'or, c'est la crise tout de même !

lundi 16 février 2009

Longuet - un agent transparent et sans réelle valeur ajoutée ?


Au bon temps de l'ambition, l'Etat engageait une énième politique des transports voulant associer développement économique, attractivité des territoires et développement durable. Pour mener à bien cet objectif, le CIADT décide la création en 2005 de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF). L’Agence bénéficie de ressources pérennes provenant du produit de diverses taxes et redevances, puis, après la privatisation des autoroutes, perçoit une dotation exceptionnelle de 4 milliards d’euros. Outre les représentants de l’Etat le Décret de janvier 2005 précise les membres du Conseil d’Administration de ce glorieux organisme. On retrouve Patrick OLLIER,(le compagnon de MAM), Jean ARTHUIS, Philippe DURON (président du Conseil régional de Basse-Normandie), Jacques OUDIN (magistrat à la Cour des Comptes !), Frédéric ROUILLE,(ancien vice-président du Conseil régional Poitou-Charentes) et, et, ... Gérard LONGUET.

L'ancien comme on peut gentiment l'affubler tant il est tout de même vrai qu'il est ancien ministre, ancien président du Conseil régional de Lorraine, ancien député européen ou français, ancien Président du parti Républicain, ancien membre du mouvement Occident et ancien repris de justesse dans plusieurs affaires..., l'ancien donc, achève sa traversée du désert en cumulant ce poste accaparant avec son rôle de conseiller auprès de Nicolas S, un ami. Le casse toi pov con du salon de l'Agriculture, d'ailleurs c'est sûrement lui qui lui a soufflé, ayant déjà testé le concept : Roulant à contre sens dans une rue de Nancy, le 14 juillet 2001, le chauffeur de la voiture du président du conseil général de région avait traité un policier, qui lui faisait remarquer son erreur, de «gros con». (Le chauffeur de Gérard Longuet portait le chapeau mais le policier était formel : celui qui l'a traité de "gros con" est un grand brun et non pas un roux barbu ...)

L'actuel sénateur de la Meuse et conseiller régional de Lorraine assure donc la présidence de cet établissement public avec la maestria qu'on peut lui supposer.

Que l'on suppose certes mais qui visiblement ne convainc pas les membres de la Cour des Comptes qui fin 2008 conclut que l'AFITF est "un organisme transparent sans réelle valeur ajoutée". Tout un programme, presque une biographie non autorisée. Au final ne voilà t'on pas que l'on recommande la suppression de l’ AFITF ? quelle ingratitude, et sûrement aussi quel manque à gagner pour les douze membres du conseil d'administration de l'AFITF (élus et fonctionnaires) accusés de ne jouer "aucun rôle" dans la sélection des investissements qui leur sont proposés.

Pourtant son éternel président ne manquait pas une occasion de vanter les vastes missions de son agence, volontiers assimilée à "un lobby", mais "au service de la réalisation de ces infrastructures". Sur le coup, je croyais l'entendre dire "au service de la réalisation de ses ambitions personnelles". Cela aurait été comme un éclair dans la nuit, une minute de vérité en politique, il n'en fut rien.

Il faut dire que l'homme se métamorphose dés qu'un micro ose s'approcher. Aussi quand l’Etat envisage d’augmenter de 180 % la redevance domaniale payée par les concessionnaires, et ce afin de boucler le financement de l’Agence pour le financement des infrastructures de transport de France (Afitf) justement.... que voulez vous que son Président s'exclame ?

que ... "La hausse de la redevance domaniale est une mauvaise solution". Il eut beau vouloir se rattraper en exprimant bruyamment "sa satisfaction devant l’ampleur des crédits nouveaux pour le financement des infrastructures de transport engagés dans le cadre du plan de relance de l’économie annoncé à Douai par le Président de la République" le mal était fait.

Mais alors quel avenir pour notre Gérard régional ? relégué au sein du Comité pour la Réforme des collectivités locales depuis octobre 2008, il doit ressasser ce poste mirifique jamais obtenu, à la tête d'EDF par exemple. "C'est bien la première fois qu'il fait des étincelles avec sa..." pourrait prédire Marie-Laforêt. Oui mais ça ne vient pas malgré une présence de tous les instants durant la campagne présidentielle, la récompense tarde. Alors il s'embête un peu, se laisse aller jusqu'à faire rejaillir de drôles de relents en mariant homophobie et pédophilie.

Comme un sentiment de gachis tout de même voire de fin de règne pour celui qui dans sa prime jeunesse militait contre la démocratie et pour la "sélection des meilleurs éléments de la communauté populaire, en vue de constituer une nouvelle élite, fondée sur le mérite et les talents". Lui, né à Neuilly, beau-frêre de Vincent Bolloré et aujourd'hui Président déchu d'un organisme transparent et sans valeur ajoutée...

samedi 14 février 2009

Rupture - Otan on emporte le vent

Faisant fi de plus de quarante ans de vie politique française, Nicolas Sarkozy a unanimement décidé seul de faire réintégrer l'Otan à la France. Prenant ainsi le contre-pied d'un acte fort mené par le Général De Gaulle. Le Général De Gaulle, pour les ignorants ou ceux qui ne disposeraient comme manuel d'histoire que de Gala ou Paris Match , était un militaire puis homme politique français qui fut même président du temps d'avant que Nicolas Sarkozy le soit. Car en effet il faut se souvenir qu'il y eut une vie, des hommes, des idées, la croissance même avant notre suprême Président. De Gaulle disais-je, celui qui s'est toujours "fait une certaine idée de la France", avait quitté avec fracas l'organisation politico-militaire au nom de l'indépendance de notre pays. Sa position fut confirmée par les présidents suivants car il y eut d'autres présidents avant Nico 1er, sisi, enfin des sous-présidents, des chauffeurs de salle si on peut dire. Pour le coup, la salle est désormais chauffée et cette nouvelle décision unilatérale ne manque pas de faire réagir à gauche comme à droite.
Car au-delà du bien-fondé, c'est d'abord la méthode qui interpelle, un homme seul annonce sa volonté début avril de réintégrer un pays. Tout chef des armées qu'il soit, quand on dit vouloir revaloriser le rôle du parlement, c'est tout de même bien cavalier de l'écarter de tout débat voire d'un vote. Un homme seul qui s'est, en un début de mandat, déjà beaucoup trompé et qui, s'il met volontiers en avant son volontarisme ou son hyperactivité, ne brille pas par sa vision politique, son intuition ou sa clarté. Et avec un tel record d'impopularité, peut il s'autoriser à encore décider seul ?
Dans un contexte de crise économique mondiale larvée, nul doute que les tensions internationales vont se démultiplier, signe que cet engagement n'est pas anodin. En Occident déjà, puis sur bien d'autres théâtres d'opérations existants tels l'Irak ou l'Afghanistan, et sur de nouveaux territoires tout aussi sûrement.
En Occident, l'Otan version 2008 ne peut dissimuler ce penchant qui leva tant de critiques : l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie et la Slovaquie sont les membres les plus récents. La Géorgie, l'Ukraine et la Macédoine les prétendants. Un fort accent de l'Est pour l'organisme jadis opposé au Pacte de Varsovie, comme un air de victoire que de rallier des ennemis d'hier, mais sans que cela ne remette en cause une obsession : la Russie. Une obsession américaine peut être mais pas pour nous. Super Président de l'Europe il y a peu, pourquoi le Président français ne pousse t'il pas au renforcement d'une Europe de la Défense qui ne soit pas contrôlée par l'Otan ? Alors ?
Faut-il justifier notre retour par notre nécessité-obligation d'être présent sur les conflits du moment ? En Afghanistan, nous nous renforçons régulièrement tout en sachant que cette guerre d'occupation n'a pas d'issue. Et en Irak, Nicolas Sarkozy vient de s'y rendre pour une de ses visites éclair dont il a le secret et dont même l'utilité et les résultats restent secrèts...
Otan en emporte le vent de nos convictions et de nos idéaux, une seule remarque doit prévaloir dans ce débat : si Nicolas Sarkozy avait été Président en 2003, nous serions depuis, aux côtés de nos frères américains, en guerre à Bagdad. Et c'est bien ce qui peut nous inquiéter au plus haut point. Car si l'on peut se moquer des rois fainéants du temps jadis, l'Histoire se souvient de l'autorité de Jacques Chirac à ne pas engager la France en Irak, du discours de De Villepin devant l'ONU comme auparavant d'un Mitterand à Sarajevo ou main dans la mains avec son homologue allemand. Elle se souviendra que NS à bafoué notre pays en matière militaire comme dans d'autres...
Sans aucune contrepartie, nous voilà aux services de plus puissants et peut être plus malins que nous. L'arrivée d'Obama à ce titre devrait accroitre ce souci de l'Otan d'impliquer le plus grand nombre dans ces conflits hasardeux dont les Etats-Unis ont l'habitude. Sans compter que les adversaires, ainsi démultipliés, pourront ajouter la France à leurs nouveaux ennemis...
Mais que va t'on donc faire dans cette galère ? s'afficher aux côtés des plus forts ? pas si sûr. Rouler des mécaniques, c'est bien aventureux. Par ambition économique ? coûteux. Par mimétisme politique ? dangereux.
On peut s'attendre dans les prochaines semaines à une stratégie de communication plus massive de l'Elysée, un débat nous est promis, ce qui en sarkozien veut dire que je vais vous expliquer pourquoi j'ai raison et si vous n'êtes pas d'accord c'est que vous êtes un adversaire de la France, vos positions sont archaiques et votre démarche étriquée.
Mais au-delà on comprendra que ce rattachement est celui de tous les opportunismes et donc fatalement de tous les dangers. D'Otan qu'il intervient alors que notre pays s'enlise, s'appauvrit, s'affaiblit y compris sur le plan militaire'.
Une question nous taraudera cependant bientôt : qui voudra mourir pour l'Otan ?
Finalement alors que sa dernière intervention télévisée fut baptisée par ses médias de tournant social, on notera qu'en quelques jours le Président de tous les français annonce la suppression de la taxe professionnelle au bénéfice des seules entreprises, l'alignement atlantiste de notre politique extérieure ou une refonte du trop long congé maternité sans omettre de distribuer allègrement les deniers publics au secteur privé. Comme si la crise lui permettait d' accélérer ses orientations, à l'instar des mesures radicales prises par certains grands groupes au profit de leurs seuls actionnaires. Et comme la récession ne srait encore qu'à venir, on peut craindre le pire !

jeudi 12 février 2009

Cinéma - L'étrange film de Benjamin Button

Vous pouvez difficilement en réchapper, this is the film of the moment comme on dit aux states. Un scénario original, des acteurs en vogue, des effets spéciaux, beaucoup de promo. Tout est bien réuni pour assurer le succès. Après une semaine d'exploitation et pas loin de 900 000 entrées dans l'hexagone, le bon Benjamin peut se frotter les mains.

Profitant de l'absence de mes deux rejetones et de la non encore arrivée du troisième, nous partîmes donc dans ces chères salles obscures, moi pour faire plaisir à ma dulcinée, elle, pour voir Brad Pitt, restons lucide.
2h30 plus tard, un constat s'impose, il est tard car c'est long. Et en même temps, on en a pris plein la vue mais il y a comme un petit manque de quelque chose : le film est trés déséquilibré, la vie de Benjamin enfant et jeune adulte-vieux (je me comprend, zallez qu'à aller voir le film) étant chronophage, sa fin de vie traitée au lance-pierre. Alors bien sûr, il se passe plein de choses, beaucoup de rencontres, d'échanges, mais peu de grandes émotions. Peut être le style narratif devient-il trop rapidement rébarbatif, en tout cas cela coupe un peu trop les scénes et nuit à la cohésion de l'ensemble. Sinon Brad Pitt fait du Brad Pitt ; il en bave tout de même pas mal question apparence physique, mais c'est pour mieux rejaillir en pleine lumière et dans la force de l'âge, ouf ! et puis il y a aussi Cate Blanchett danseuse frivole bientôt brisée plutôt convaincante.
Non franchement ma légendaire mauvaise foi restera au repos, le film est conséquent, les acteurs bons, seconds rôles compris, les décors reconstitués magnifiques et il y a de l'épopée, du romanesque derrière tout cela. Faut dire qu'avec un budget de 150 millions de dollars, il y avait de quoi faire bien...
Les dialogues par contre sont à l'américaine c'est à dire parfois superbement insignifiants, parfois trés significatifs. La mise en scène est habile, soignée mais si le scénario est pour le moins original, merci Monsieur Fitzgerald, le déroulé s'inspire beaucoup d'ailleurs : comme dans Titanic, nous voilà contraints de subir les souvenirs d'une vieille dame sur le départ, les tribulations de Benjamin dans le monde lorgnent sur Forrest Gump tandis que l'accident de la belle à Paris copie Amélie Poulain.
Ces disgressions cassent le rythme et nous font perdre le fil de l'histoire. Benjamin semble lui aussi de plus en plus perdu à en avoir hâte d'en terminer. Il tourne un peu en rond, s'en va puis revient. Il va bientôt mourir et on ne saura finalement que peu de choses de lui. Centré sur l'histoire d'amour impossible, le fim n'aborde pas des aspects plus philosophiques ou éthiques d'une situation si extraordinaire. Dommage. Benjamin vit dans un cocon dans lequel tout le monde l'accepte, il y vit, aime et meurt. Point. Pas de chef d'oeuvre au rendez-vous donc, plutôt un distingué remake de "La vie est un long fleuve tranquille" dans un sens comme dans l'autre !

dimanche 8 février 2009

Football - Les dogues ne lachent vraiment rien

En engrangeant, dans la douleur, une nouvelle victoire, Lille confirme son potentiel comme ses prétentions et valide ses récentes brillantes performances à Bordeaux comme face à Rennes.
Non contents d'avoir stoppé les bretons dans leur invincibilité, les hommes de Rudy Garcia sont allés titiller Bordeaux lors d'un match que l'on qualifiera gentiment d'engagé pour ne pas dire violent.

Absent de la première mi-temps, le LOSC pouvait s'estimer heureux de ne regagner les vestiaires qu'avec un seul but de retard, Cavenaghi notamment n'ayant pas trouvé la mire. Métamorphose pour la deuxième période avec des rouge et blanc conquérants, accrocheurs et bientôt deux fois buteurs. Dommage qu'ils ne purent mener trop longtemps au score et faire douter des girondins moins fringuants. 2-2 dans le contexte bordelais d'une équipe qui vise le titre, c'est bien entendu tout bon. Et compte tenu de la mansuétude arbitrale, c'est même excellent. L'ex bordelais Mavuba notamment fut victime de quelques gestes bien déplacés y compris de la nouvelle idôle Gourcuff comme du rugueux Diawarra. Sans qu'aucun des deux ne subissent l'expulsion. Ce dernier a du reste tout de même inauguré les nouveaux pouvoirs de la commission de visionnage pour ses performances précédentes, il pourrait enchainer... Commission qui a eu la bonne idée de sanctionner le rennais Sow pour son agression envers Debuchy. Deux matchs d'un côté pour un mois d'absence de l'autre, ce n'est pas cher payé même si Guy Lacombe trouve encore à redire... peut être le signe finalement que le Stade Rennais est en train de perdre ses nerfs, en témoigne dans la foulée une défaite à l'ultime minute face à la lanterne rouge...
Bref tout s'annonçait sous les meillleurs auspîces en ce samedi soir de février (si ce n'est l'horaire, 21h !) et c'est peut être ce qui a entrainé le pire : une entame plutôt timide, vive mais imprécise qui devait finalement permettre aux sochaliens de sortir proprement le ballon et de se créer les meilleures occasions même si avant la demi-heure de jeu on comprend mal que l'arbitre n'ait pas accordé le pénalty qui convenait pour le Losc. Au contraire, les lionceaux marquaient une puis deux fois, (grâce à un pénalty pourtant moins évident) avant la mi-temps dans un stade médusé et glacé par la même occasion. Et la méduse glacé, ce n'est pas trés digeste...
A 0/2 poir redémarrer, Rudy Garcia ne cédait pourtant pas à l'affollement se contentant de remplacer poste pour poste Fauvergue par le revenant de mieux en mieux revenu, Frau. Malicki sauvait les siens de la déroute lors d'un face à face délicat face au tchèque Sverkos, la bonne pioche du recrutement sochalien. Le match basculait alors sur une faute grossière de Daf qui le renvoyait aux vestiaires et donnait aux lillois l'occasion de surdominer la rencontre. Et dans ce pressing effréné, Frau marquait bientôt de la tête, un indice fort que tout pouvait arriver. Garcia lançait Vittek sur le front de l'attaque en lieu et place d'un milieu défensif puisque Francis Gillot se séparait de ses attaquants. Le slovaque marquait bientôt dans une belle partie de billard à trois bandes assurant un dernier quart d'heure de folie ponctué par le but de la délivrance du jeune belge Hazard. Un scénario impensable mais qui indique tout de même la force morale peu commune qui anime cette équipe harcelante au possible et capable de faire craquer l'adversaire. Pourtant privée de Bastos, l'équipe lilloise s'est démenée confirmant avec ces trois buts son statut de troisième attaque de France. Coach Rudy aura au passage fait rentrer les deux buteurs de l'improbable come-back. Il devra revigorer sa défense centrale plutôt blafarde lors des deux dernières sorties. Il aura aussi trouvé en la personne d'Eden Hazard un espoir particulièrement efficace, mature et décisif.
Désormais 5° avec toujours ce match en retard à jouer au Mans, Lille s'invite à la bagarre au même titre que Toulouse, PSG et Marseille voire Bordeaux. Pour toucher Lyon ce sera dur car les anciens lillois y font le métier déjà : Makoun marque deux fois ; les arbitres aussi : Lyon bénéficie tout de même pour l'emporter à Nice d'un pénalty (raté !) et de deux expulsions adverses tandis que le but du breack est marqué sur... coup franc. Lille de son côté s'est vu refuser deux pénaltys évidents tout en en prenant un pour une poussette... Quel fossé sépare décidemment les deux Olympiques !
Prochain rendez-vous à Auxerre qui vient de surprendre Nancy avant de recevoir Monaco et d'aller à Valencienne disputer le seul derby du Nord cette année. Les matchs semblent abordables, c'est peut être justement là que peut être le problème... ou pas !

lundi 2 février 2009

CSA - Johnny et la loi du silence

C'est pour le moins inespéré, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel vient de prendre une décision quasi historique en décidant de mesurer le temps de parole de Johnny Hallyday.
Oh, pour l'occasion Michel Boyon et ses 9 acolytes n'ont rien révolutionné certes mais enfin si le CSA servait vraiment à quelque chose on le saurait depuis 1989 ! mais c'est tout de même drôlement encourageant qu'enfin quelqu'un ose s'occuper de notre icône du rock national.
50 ans que Jean-Philippe Léo Smet enthousiasme les scénes de l'hexagone comme il exaspère chacune de ses interviews. Il le dit lui-même depuis longtemps, "J'ai un problème", et le CSA invite enfin à le régler. Car si l'homme a parfois eu l'impression d'avoir "oublié de vivre", il a rarement évité de raconter des âneries au moindre micro approchant. Au point que la caricature, devenue si réelle, n'en n'est que rarement drôle ou rarement plus drôle que l'original...


Attention il n'est pas interdit d'antenne, son temps de parole est juste mesuré, mais c'est un bon début non ? parce que généralement lorsque l'on commence à mesurer, on compare vite, on rationalise, le début du bonheur quoi. Loin de moi l'idée d'en faire un chanteur abandonné, sur scène fait ce qu'il te plait, mais en dehors le CSA fait assurément oeuvre d'utilité publique.
D'autant qu'après bien des atermoiements, Johnny est sang pour sang français malgré son origine belge et son faible pour l'évasion fiscale suisse.
A défaut de retenir la nuit le voilà donc invité, comme d'autres, à retenir ses propos qui pourraient être associés, et comptabilisés sur le compte de Nicolas son copain. Son nouveau copain puisque l'idôle des jeunes se fendit par le passé d'un larmoyant "C'est Jésus-Christ, le premier héros de ma jeunesse. Il arrivait à attirer les foules !" et, plus tard d'un saisissant message de soutien « On a tous quelque chose en nous de Jacques Chirac » qui explique peut être qu'au soir de la divine élection il ne soit pas aux côtés d'Enrico Macias et Mireille Mathieu pour chanter l'élu (deux artistes suffisament en vogue pour que le CSA n'ait d'ailleurs même pas pensé à les inclure dans le dispositif...).
Qu'à cela ne tienne, le voilà sous surveillance ce qui n'est tout de même pas pour le surprendre lui qui eut maille à partir avec le fisc, les moeurs et même la presse. Mais bon, là le CSA ça ne va pas non plus le bouleverser en plein préparatif de sa tournée d'adieu. Une tournée de tous les dangers puisqu'elle annonce son retrait de la scène. La crainte de le voir envahir bientôt la scène médiatique était certainement trop forte, il fallait agir. Pas sûr d'ailleurs que son pôte du Fouquet's n'y soit pas pour rien tant on peut s'interroger sur la qualité de ce "soutien" et son réel bénéfice...
On se souvient que pour soutenir le Oui au référendum sur la Constitution Européenne, il glissa un improbable message : « Si le "non" l'emporte, il y aura plein de gens qui quitteront la France. On ne peut pas, nous Français, rester en dehors de l'Europe. Ce serait faire marche arrière, ce ne serait pas bien. Je me sens européen, je suis bien partout en Europe : en Italie, en France, en Espagne, au Maroc. »
Ce qui fit certainement plaisir aux marocains...
Aux portes du pénitencier, le pénitencier du silence, Johnny ne sera pas seul, sa femme, absolument blonde, l'accompagne, Doc Gyneco, ou encore Yves Duteil et... même Denise Fabre !
Oh je sais que chacun a une liste dans un coin de la tête m'enfin nous ne sommes tout de même pas revenus aux temps de l'occupation et de la dénonciation. Il faut laisser vivre les artistes, surtout les laisser sur scène et uniquement sur scène.
Sinon, le danger est grand pour reprendre l'expression de l'excellent François Goulard (UMP) : "Johnny Hallyday qui annonce son intention de rester Français et Bernard Laporte qui entre au gouvernement, c’est une période faste pour l’intelligence française"...

jeudi 29 janvier 2009

Préfectures - La nuit la plus longue

Ah quelle va être bien longue cette nuit du 29 janvier dans toutes les Préfectures de France et de Navarre. Le temps va s'égrener presqu'aussi lentement qu'au guichet des cartes grises, c'est dire. Et le moral, le moral de nos chers, très chers hauts fonctionnaires (62 000 euros en moyenne) est au plus bas.

Pourtant on pouvait penser le plus dur derrière eux après cette journée de mobilisation sociale de tous les dangers. Mais foin de soulagement, encore moins de petit sursaut d'adrénaline à l'approche du week end à venir sur les greens du golf voisin, non, la peur paralyse les plus audacieux. La crise économique qui a pourtant bon dos n'est même que trés indirèctement mise en cause tandis que la réforme des collectivités territoriales n'est pas encore suffisament avancée pour justifier quelqu'inquiétudes. Non cette nuit est devenue la plus longue de la Préfectorale depuis que Jean a tiré le gros lot, enfin surtout le mauvais, en tout cas il va le quitter, le lot, Saint Lô plus exactement. Préfet depuis peu de cette charmante et supposée paisible bourgade de 20 000 âmes, Jean Charbionnaud vient d'être prié de quitter la ville et le département avec pour n'avoir pas assez préservé notre présidentissime des quolibets de la plèbe. Mais qu'a t'il donc fait Jeannot pour mériter une telle punition, 6 mois après la première ? est-il donc récidiviste ? Bah oui parce que tout de même, être nommé Préfêt de la Manche, voilà qui vous habille pour l'hiver. Quand vous apprenez que votre Préfecture est basée à Saint Lo, dîte "capitale des ruines", vous ne me ferez pas croire qu'on le vit bien... La ville fut totalement détruite pendant la seconde guerre mondiale au point que même la préfecture ne retrouva la commune qu'en... 1953. Et il a traversé tout ça le Jean, le poids de l'histoire, le crachin local pour tomber par la faute d'un incroyable concours de circonstances qui a voulu que Nicolas 1er de Sarkozy choisisse Saint Lo pour présenter ses voeux. Déjà un sacré coup du sort. Mais en plus au monde enseignant ! alors qu'il aurait présenté ses voeux au monde des sourds et muets par exemple cela aurait été plus tranquille. Et bien non il a fallu que cela tombe sur le Charbionnaud ! alors on ne doute pas qu'il ait fait de son mieux le gaillard comme tous ses collègues finalement occupés un bon tiers de leur temps à préparer la venue de ces illustres élus, avec la hantise du couac qui change tout, même la carrière. Et puis il a fait avec ses moyens le gars, peut être même avec les moyens qu'il jugeait utile à la situation. Parce que voyez-vous, ce Préfet avait peut être un peu de respect pour le droit à s'exprimer dans ce qui s'appelle encore une République. Il aurait pu faire comme son confrère de Meutrhe-et-Moselle et distribuer aux manifestants qui demandaient l'autorisation de le faire de... faux parcours présidentiel. Non, il les a tenu à bonne distance, celle qu'il a jugé bonne mais qui n'était pas celle voulue par le visiteur funeste. Comme le relate Ouest France, "Furieux, le locataire de l'Élysée a marqué à plusieurs reprises son énervement hors caméra", une phrase bien curieuse qui signifie si je comprends bien que notre Chef de l'Etat n'était furieux que quand les caméras ne filmaient pas, content quand elles filmaient, pas content quand elles ne filmaient pas, content... bon j'arrête je commence moi aussi à prendre des tics.
Et puis dans la charette, le directeur départemental de la Sécurité Publique peut aussi faire ses bagages. Espérons que du département il ne soit bientôt pas amené à la faire, la manche, aux abords de quelques bouches de métro.
Alors comprenez l'ambiance quand l'info s'est propagée dans toutes les préfectures : un Préfet viré pour des dizaines de manifestants alors que le lendemain se déroule un mouvement social national de grande ampleur. Mais c'est presque un complot contre les grands corps de l'Etat, une nouvelle nuit des longs couteaux, un carnage annoncé.
C'est dire que la nuit est veillée avec apreté chacun cherchant à minimiser l'impact et le nombre de manifestants dans ses chefs-lieu.
Mais reconnaissons aussi quelques envies. "Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes" disait Chateaubriand. Pour certain le redoublement frise la relégation, Jean Charbonneaud devient préfet hors cadre pour siéger comme "membre du Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'État", merci Chateaubriand !
Pour d'autres cependant cette nuit sera tout de même la nuit de toutes les espérances, de toutes les folies même car ceux-là n'ont rien à perdre. Les préfets d'Arras, de Charleville-Mézières, de Bar-le-Duc, Melun, de Nevers, de Gueret ou de Mende vous croyez qu'ils en ont peur de la mutation, qu'ils la perçoivent comme un possible sanction ? qu'ils ne sont pas prés à manifester eux-même ? Non cette nuit sera pour eux parsemée de rêves enflammés où résonnent comme un parfum d'André Malraux, un souffle de reconnaissance pareil à celui d'un illustre préfet résistant : « Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, préfet d'Arras, de Charleville-Mézières, de Bar-le-Duc, Melun, de Nevers, de Gueret ou de Mende, avec ton terrible cortège...".
La nuit sera longue mais dans tous les cas, c'est surtout le matin qui sera le plus douloureux !

lundi 26 janvier 2009

Médias - Les états généreux de la presse

De vous à moi, il ne fallait pas en attendre de miracles, ni même de scoop pour faire pro. Les états généraux souffraient par avance des maux de la presse elle-même : un titre insipide et pas de contenu.
Allons donc, de modiques états généraux après un Grenelle de l'Environnement ou un G20, ça ne le fait pas. Un Bretton Woods de l'édition, un Yalta des médias, un Pearl Harbour du journalisme, enfin je ne sais pas moi, il y avait tout de même suffisament de belles plumes dans la salle pour trouver plus vendeur non ?
Partant d'une analyse pertinente "Baisse tendancielle de la diffusion, déficit chronique d’un certain nombre de titres, menaces de disparition de journaux, vieillissement du lectorat, contraction des rédactions, les signes d’une crise profonde de la presse écrite se multiplient et s’aggravent." les professionnels de la presse écrite essentiellement ont planché depuis octobre pour aboutir à l'édition de
recommandations au sein d'un livre remis à la ministre Albanel. Un livre c'est un peu curieux quand on veut sauver la presse, et puis le livre est vert sans que l'on sache bien s'il est frappé lui-même d'effroi ou s'il se veut porteur de vertus écologiques. Il rendait compte des réflexions de quatre groupes :

1. Quel avenir pour les métiers du journalisme ? (Présidé par Bruno Frappat, il aborde : Rôle et avenir de l’écrit - Formation – Responsabilité, droits et devoirs des rédactions – Déontologie – Statut des journalistes – Rémunération et droits d’auteur)
2. Imprimer, transporter, distribuer, financer : comment régénérer le processus industriel de la presse écrite ?
(Présidé par Arnaud de Puyfontaine, sur : Imprimeries – Messageries de presse - Réseaux de distribution - Postage – Portage – Financement – Tendances et réglementation du marché publicitaire – Rentabilité)
3. Le choc d’Internet : quels modèles pour la presse écrite ?
(Présidé par M. Bruno Patino, il aborde : Evolution des usages, des offres et des métiers – Avenir du papier – Culture de la gratuité, des blogs, de l’interactivité – Mutation de la publicité – Complémentarité des supports – Internet et aides à la presse)
4. Presse et société : comment répondre aux attentes des lecteurs et des citoyens ?
(Présidé par M. François Dufour, il travaille sur : Baisse du lectorat – Attente des publics – Lecture par les jeunes – Pluralisme et diversité – Emergence et développement de groupes de presse français, en France et à l’international.)
Une fois ces menues agitations abouties, le Président de tous les français a édicté à l'assemblée sagement à l'écoute ce qu'il retenait de ces travaux. Au coeur de ce foisonnement d'idées, il faut regretter, sans surprise, que le chef de l'Etat ne répond que par des mesures financières. Mesures que les grands patrons de presse et amis ne manquent pas de saluer mais qui au regard des enjeux exposés, paraissent bien fades. Sur les quatre groupes de travail pompeusent structurés, un seul, le second trouve voix au chapitre. Et deux mesures phares en surgissent : un moratoire d'un an sur l'application des nouveaux tarifs postaux ce qui équivaut pour l'Etat à se tirer une belle balle dans le pieds tout en prenant les citoyens pour de joyeux gogols puisque par contre ces nouveaux tarifs nous seront appliqués illico... Au passage, on conviendra que répondre par les timbres à une crise majeure, c'est s'affranchir des problèmes à peu de frais...

Deuxième mesure particulièrement truculente, l'Etat s'engage à aider la presse en difficulté en ... doublant ses achats d'espaces de promotion de son action. Surfer sur la crise, accroitre sa main mise sur les médias et faire sa pub aux frais du contribuable, tel est le plan de modernisation ainsi proposé qui aurait pu donc clôturer la Pravda de la presse.
Il serait cependant réducteur de ne parler que de ces 600 millions d'euros que nous contribuables donnons donc aux riches groupes de presse. Le syndicat du livre n'a qu'à bien se tenir, il peut s'attendre à des lendemains qui déchantent par la faute du petit livre vert de Sarko. Qui entend mutualiser les imprimeries, une belle façon d'en appeler à la pensée unique. Ben tant qu'à mutualiser, je trouve que l'on devrait aller au bout du raisonnement et mutualiser également les journaux. Par contre nous avons peut être une belle opportunité de carrière qui va s'offrir aux dizaines de milliers de français qui perdent chaque mois leur emploi en ce moment : par la grâce des états généraux, ils pourront se transformer en porteurs de journaux. Les anciens aux petites retraites ne sont pas oubliés qui pourront aussi participer. Si ce n'est pas porteur ça comme mesure. Et puis on parle de la presse mais demain ce seront peut être les notables que l'on aura la chance de porter. Un vrai fillon, euh filon.
Enfin, vous l'aurez tout de même compris, ça ne servira pas à grand chose de maitriser la presse si personne ne la lit, c'est pourquoi les jeunes de 18 ans se verront désormais offrir un abonnement au quotidien de leur choix. Qu'ils pourront eux-même porter. Et qui sait, s'ils ont bien lu on verra renaître le concept du défunt pif gadget : un Figaro acheté, la carte de l'UMP offerte, un express-un expresso gratuit au bar de son choix, Le Monde-10% de remise sur le permis de conduire... ça marcherait plutôt bien non ? sauf pour Le Point bien entendu parce qu'un Point, c'est tout...
Et sur l'émergence des nouveaux médias, la déontologie, la concentration des titres et bien là pas grand chose parce que le but voyez vous c'était avant tout de débloquer 600 millions en toute discrétion à des proches. Le Monde Diplomatique de septembre 2006 rassemblait à cet égard quelques précieux éléments :

"M. Martin Bouygues, héritier et patron du groupe Bouygues (fortune estimée à 1,7 milliards d’euros) et par conséquent de sa filiale le groupe TF1 (TF1, LCI, TPS...). Il est parrain du fils de Nicolas Sarkozy, et était témoin à son mariage. Ils peuvent donc être considérés comme proches... LCI, filiale de TF1, a retransmis en direct les vœux de Nicolas Sarkozy à la presse.
M. Bernard Arnault possède le groupe LVMH (fortune estimée à 14,3 milliards d’euros), incluant des titres comme La Tribune, Investir ou Radio Classique. Nicolas Sarkozy était invité au mariage de la fille de M. Arnault, tandis que M. Arnault était témoin du mariage de M. Sarkozy.
M. Serge Dassault, héritier du groupe Dassault (fortune estimée à 5,7 milliards d’euros), possédant la Socpresse, 1er groupe de presse français, publiant notamment Le Figaro. Nicolas Sarkozy a démêlé, en tant qu’avocat cette fois-ci, la succession de son père Marcel. Nicolas Sarkozy est devenu un familier de son fils aîné Olivier, par ailleurs député UMP. Serge Dassault, également sénateur UMP, a expliqué sur France Inter le vendredi 10 décembre 2004, et le Monde daté du 13 décembre, que les journaux doivent diffuser des « idées saines », car « nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche ». Selon lui, la presse doit modérer les propos de gauche.
M. Arnaud Lagardère, héritier du Groupe Lagardère (fortune estimée à 0,7 milliards d’euros), premier groupe de media français qui contrôle notamment des grandes radios (Europe 1, Europe 2, RFM...) et des magazines d’actualités (Paris Match...). En avril 2005, le président de l’UMP fut l’invité d’honneur d’un séminaire du groupe Lagardère à Deauville. L’héritier Arnaud le présenta « non pas comme un ami, mais comme un frère ». "
On comprend mieux la générosité de ses états, presqu'une réunion de famille où l'on se partagerait quelques dividendes.
Mais finalement la plus éclatante conclusion de cette opération médiatique n'est elle pas intervenue avec les récentes nominations au CSA par le Président d'une journaliste de France 2, Christine Laborde, et par le Président de l'Asssemblée UMP, de Christine Kelly. L'une est au ban de France 2 et de son actuel Président, l'autre a notamment rédigé la biographie de ... François Fillon.
Comme le président de France Télévisions sera à l'avenir "nommé par l'exécutif après avis conforme du Conseil supérieur de l'audiovisuel, et sous réserve qu'une majorité qualifiée de parlementaires n'y fasse pas obstacle", on voit dans ces deux nominations un souci évident de crédibilité et d'équité.
Alors que seulement un français sur deux croient en cette crédibilité et cette équité (52% des sondés jugent que les choses se sont passées «vraiment» ou «à peu près» telles qu'elles y sont rapportées dans le journal) je ne doute pas que l'impulsion donnée propulsera nos médias au firmament de la notoriété.

"La presse est le réceptacle de tous les ferments nauséabonds. Elle fomente les révolutions, elle reste le foyer toujours ardent où s’allument les incendies. Elle deviendra seulement utile le jour où l’on aura pu la dompter et employer sa puissance comme un instrument gouvernemental... " Son Excellence Eugène Rougon - Emile Zola.
Si c'est un ancien Ministre de l'Intérieur (en 1858) qui le dit...

jeudi 22 janvier 2009

Réforme - Le bonus-malus bancaire

Vous en étiez peut être resté au traditionnel bonus-malus de votre sympathique assureur qui avec le temps devient plutôt un malus-malus pour celui qui utilise sa voiture. Ne gagne dans cette histoire que celui à qui il n'arrive jamais rien ce qui peut arriver si l'on reste dans son garage (mais gare tout de même à la porte, de garage).

En début de quinquennat nous découvrions le bonus-malus fiscal qui, selon votre statut vous faisait ou non bénéficier d'avantages. Prime aux bons conducteurs d'un côté, aux riches contribuables de l'autre. Et puis est arrivé le fameux bonus-malus écologique du bon docteur Borloo. Notons que par un curieux hasard ces trois concepts s'appuient tous à un moment ou un autre sur l'automobile décidément au coeur de notre existence : c'est elle que l'on assure, c'est elle que l'on affiche comme signe extérieur de richesse, c'est celle qui pollue plus ou moins. On a craint un instant de voir l'écologie imposer sa taxe sur toute sorte de produits mais la tempête est passée pour l'heure de ce côté-là. Et c'est dans un tout autre domaine que revient ce populaire dispositif avec la reconnaissance d'un authentique bonus-malus bancaire. Votre banque perd de l'argent ? pas bien, alors pas de bonus. C'est cet étrange marchandage qui justifierait que 6 banques de l'hexagone gorgées il n'y a pas si longtemps de bonus en tous genre touchent deux fois dix milliards d'euros. C'est parce que la situation est bonne claironne le Ministère de l'Economie, enfin moins pire qu'ailleurs. Cela étant BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole, peuvent en effet se targuer de confortables bénéfices en 2008, de respectivement 3, 2, et 1 milliards d'euros ce qui interpelle un tantinet le contribuable-client-demandeur de prêt qui ne sent guère les évènements évoluer en sa faveur. Il y a, sans être grand financier comme une différence entre bénéficier d'argent public pour prêter davantage d'argent en période de crise, donc risquer plus, et profiter de l'argent public pour rétablir fonds propres et marges. Plutôt que de s'interroger sur cette tendance qui va nous faire porter le chapeau de la crise en préservant, ouf, notre système financier, un petit vent de populisme est largué dans les médias amis : l'Etat prête, d'accord, 21 milliards, d'accord, mais il y a une contrepartie terrifiante : les dirigeants de ces établissements ne pourront s'octroyer de primes et autres largesses de fin d'année. Outre que l'on ne comprend pas bien comment l'Etat pourra vérifier qu'un dirigeant d'entreprise privée a, d'une manière ou d'une autre reçu de substantielles contributions, le sacrifice est bien minime au regard des années fastes passées. On peut tout de même peiner à comprendre ce marché de dupes qui veut justifier la dispersion de 21 milliards contre la non perception de quelques centaines de millions. Bien entendu, je me porte également volontaire pour percevoir ne serait-ce qu'un milliard d'euros, en échange il va de soi que je m'engage à ne pas me verser la prime de 100 millions prévue pour Pâques, ou la Trinité je ne sais plus.
A l'heure d'évoquer de nécessaires réglementations des marchés financiers l'exigence parait bien mince, discrète, de façade. Elle témoigne peut être également d'une fatigue généralisée qui gagne l'Elysée ces dernières semaines. On se souvient du confondant souhait présidentiel de suspendre le permis de conduire des bruleurs de voitures, ou ses visites compatissantes dans les hôpitaux à expliquer que l'argent public a... déjà été versé. Il aurait du ajouter : aux banques...
Tout content de leurs trouvailles, nos édiles enchainent en volant au secours de l'industrie automobile dont ils semblent découvrir aujourd'hui qu'elle est consciencieusement pillée et démantelée depuis des années. Par ceux-là même qui dirigent aujourd'hui ces grands groupes devenus au moins européens et qui réclament leur part du gateau. Le mien, le vôtre, car c'est tout de même de cet argent qu'il s'agit, et à double titre puisque non content de se servir de l'Etat ils vous demandent également de débourser de rondelettes sommes pour acquérir les précieux engins, précieux n'étant pas un vain mot. A ce propos j'ai profité de ce dimanche ouvré des concessionnaires pour m'enquérir de leur santé voire si possible leur remonter le moral. Malgré les incertitudes qui peuvent également accompagner mon devenir professionnel (mais qui s'en soucie je ne suis pas banquier ou constructeur automobile ?) j'étais prêt à confirmer mon intérêt pour changer de monture. Première surprise, le moral des commerciaux est à ce point sombre, me semble t'il, qu'un acheteur ne les intéresse guère. Une façon de me préserver pensais-je. Alors j'insistais gaillardement en interpellant mes glorieux défenseurs de l'industrie française sur leur stock, oui, je suis prêt à participer à l'effort national en visant des voitures en stock. Réponse embarrassée des intéressés : ben on n'en a pas. Dernier effort pour ne pas me tenter, le modèle proposé dépasse de 35% mon budget de départ sans reprise ni financement en prime, si j'ose dire. Voilà qui est donc bien rassurant, au-delà des divagations de nos dirigeants, il y a une espèce de bon sens populaire, une solidarité n'ayons pas peur des mots qui veut que le commercial acculé, désespéré, ne profite pas de la situation, lui pour m'assassiner.
Au final, ne faudrait-il pas envisager un bonus-malus de la solidarité, un financement des opérations justes et utiles, quelques milliards d'euros par ci, des valeurs positives par là. Mais voilà qui est bien révolutionnaire n'est-il pas ? et sans intérêt en fait car c'est bien connu, ce qu'aime les hommes d'argent, ce sont les intérêts. Dommage.